Le jour où j’ai cru arrêter la moto

Beaucoup de motards arrêtent un jour la moto. Ça n’est pas sans raisons. Je me souviens de Renaud, le chanteur, oui, qui fut motard et l’est encore un peu, expliquant que la moto, c’était cher, inconfortable, fatigant et dangereux. En gros, qu’il fallait être un peu naze pour se déplacer avec ça.

Je me souviens de ce copain qui sur la route a vu la mort l’effleurer du bout de sa longue faux. Il a pensé à son petit garçon de quatre ans, est rentré chez lui, et a mis sa grosse Honda en vente aussitôt.

Beaucoup de motards arrêtent la moto contre leur gré, comme celui qui l’a fait presque devant moi, un jour, dans le Trièves. Et la mauvaise rencontre, si elle ne se solde pas toujours par un aller simple vers un monde meilleur, peut en rendre la pratique impossible.

Puis il y a ceux qui arrêtent, de façon plus vaudevillesque, à cause d’un problème de couple (je ne parle pas de celui qui se mesure en mètres/kilo). En réponse à l’ultimatum « Tu choisis entre 👩  et ta 💬  de moto ! », beaucoup renoncent à la seconde. C’est un choix qui se respecte.

J’ai eu un jour la velléité, que je jugeais respectable aussi, d’arrêter la moto (je l’ai évoqué dans la présentation de ma moto d’alors). C’était après un voyage réussi en tous points, qui m’avait conduit en Sardaigne via la Corse, avec retour d’une traite de Civitavecchia à Grenoble, soit 850 km. Je me suis dit que plus jamais je n’en ferais d’aussi beau, et j’ai voulu arrêter là la moto parce que je pensais avoir atteint un sommet, et que d’un sommet on ne peut que redescendre. Promesse non tenue, donc, sans quoi je n’aurais pas eu le plaisir de faire ce blog.

La raison pour laquelle j’ai cru un jour devoir arrêter la moto se situe quelque part dans tout ce que dessus, et surtout dans ce qui suit.

Le 1er juillet 2013
Allez savoir pourquoi, j’ai été très touché quand j’ai appris comment est mort Winsor McKay, le génial auteur de Little Nemo. Il dessinait tout le temps. Un jour de l’année 1934, il regarde sa main, constate qu’il ne peut plus s’en servir. Il est mort le soir même (1). 

Atteint depuis quelques années par une maladie qui, lentement mais sûrement, grignote certaines de mes articulations, je sais qu’un jour je ne pourrai plus actionner les commandes d’une moto. Le 1er juillet 2013, après une belle balade dans les Alpes, j’ai cru que ce jour était arrivé. Ce jour-là je me suis réveillé chez un ami, après une nuit difficile, avec la quasi impossibilité de me servir de mes mains. Tout juste si je pouvais tenir une tasse de café. Bien au-delà de la douleur, c’était comme si tout un pan de ma vie s’effondrait. 

Comme à son habitude, l’ami en question fut formidable, de soutien et d’attentions. Après un peu de temps et l’ingestion d’une dose de Doliprane suffisante pour tuer un cheval, j’ai pu décliner la proposition de voiturage, et ramener la moto chez moi, en limitant au maximum les changements de vitesses. Au grand dam de l’embiellage.

*

Tant qu’on n’est pas mort, on a la vie devant soi… (2) Le coup de semonce date de quatre ans maintenant. Depuis, grâce à un médecin génial, au soutien actif de l’industrie pharmaceutique mondialisée, à des ambitions revues à la baisse, et grâce à des quantités extravagantes d’huile fine déversée dans les commandes, je parviens à faire à peu près ce que je veux avec ma moto. Jusqu’à la prochaine fois. Et jusqu’à la prochaine étape.

N.-B. : cette image n’est PAS une publicité !

Notes
(1) Les aventures oniriques de Little Nemo sont si mouvementées que chacune des planches (dominicales initialement) de Little Nemo in Slumberland se termine par la même « chute » : le jeune garçon tombe de son lit et se réveille. Illustration d’origine Wikipedia.
Winsor McKay, lui, n’est pas mort en tombant de son lit, mais d’une hémorragie cérébrale (selon une information du « Le saviez-vous ? » de Facebook, la probabilité de mourir en tombant de son lit n’est que de 1/2 000 000).
(2) C’est du moins ce que dit sans prendre trop de risques un personnage de La vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Joël Dicker, 2012.

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7 commentaires pour Le jour où j’ai cru arrêter la moto

  1. Christian dit :

    C’est pas faux !!! On en est tous arrivé là surtout à plus de 70 ans comme moi. J’en ai connu beaucoup qui se sont arrêtés après une chute ou deux sans gros dégâts mais de celles qui vexent à mort et qui fichent la trouille. Et puis la petite peur qui s’insinue un jour quand tu enfourches ta belle et qui revient à chaque fois après. Là il faut vraiment s’arrêter je crois. J’attends !!!
    Et puis dis moi Jihel, c’est quoi cette m…e de pub qui vient s’infiltrer maintenant dans ton billet ?
    Un publiphobe chronique comme moi ne voit pas ça d’un bon œil. Ras le bol de ces pubs qui nous envahissent jusque dans nos draps. Ras le bol vraiment !!!

    • jihel48 dit :

      Merci Christian pour ce commentaire.
      Pour ce qui est de la pub, il est plutôt réjouissant qu’elle ne te soit pas apparue… plus tôt !
      Voir ici ce que j’écrivais… il y a longtemps déjà.
      Cordialement.

  2. Christian dit :

    Ah oui, en plus j’avais pas bien vu !!!!
    Une bagnole !!!! Non mais… C’est une agression délibérée ?

  3. hiero dit :

    Moi j’ai arrêté définitivement la moto en 1980 suite à plusieurs pbs qui m’ont collé dans un fauteuil roulant pendant plus d’un an… jusqu’à ce que je rachète une Guzzi LeMans en 1982…
    Depuis c’est que du rab et ça s’arrêtera quand ça devra…

  4. olivier delong dit :

    On a tous eu à un moment une bonne raison de décider l’arrêt de la moto, mais la guérison n’est jamais définitive, et on finit toujours par replonger tôt ou tard.
    Et puis, il faut bien le reconnaître, pour les loisirs, le moto c’est bien, mais quand on va remplir le caddie ou qu’il gèle à pierre fendre (je n’habite pas dans le midi…) on est quand même mieux dans une voiture !
    Surtout à notre âge !
    Mais quand on passe à côté de la belle dans le garage, on se dit « toi, tu ne perds rien pour attendre ».
    Mais les virées se raréfient quand même, se raccourcissent, et même si la passion est toujours vive, la pratique se fait plus dans les conversations que sur la route.
    Et je crains que cela ne s’arrange pas avec le temps…
    A moins que le réchauffement climatique…

  5. Reynald dit :

    … Mon dieu le jour où le jour… viendra qu’à peu près la seule chose qui me tient debout me laissera couché… bon j’ai du stopper déjà bien des passions; de toute manière la chandelle brûle constamment jusqu’à épuisement.
    Parfois je suis vraiment las de cette vie, de ma vie de Suisse et me réjouis tellement de venir me… finir dans la Drôme, le Trièves, le Vercors… partout où je me sens si bien…
    Quand je suis las de cette vie, je viens te lire ici et je reprends beaucoup de force et d’envie de vivre.
    MERCI BEAUCOUP.

  6. battavoine dit :

    Salut Jihel,
    Aujourd’hui c’est vendredi et… ce n’est pas le jour.
    « Faut pas mollir » comme disait Guido Bettiol.
    Reprends des forces et à bientôt au Vernay.
    Daniel

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