Le motard et le photographe

Filet Billet_685_bleu3_OKDans la boîte à idées qu’à l’intention de vos proches vous laissez traîner ostensiblement chez vous, et sur laquelle il est écrit : « Idées de cadeaux à me faire prochainement », je vous suggère, amis lecteurs, de glisser cette référence : La France de Raymond Depardon, Seuil/BNF, 2010. Ce livre est bien plus qu’un « beau livre » pour table basse – encore qu’il y fasse bonne figure. Avec lui vous passerez du temps à vous réjouir la rétine, à admirer cadrage et composition, et à convenir que l’heure des photographes ne s’appelle pas comme ça par hasard (1).

affiche_310Pour ces photos, Depardon a travaillé à l’ancienne : en grand format, avec une chambre « posée sur un pied, telle un chevalet », écrit-il dans la présentation du livre. Il a parcouru la France en tous sens, de Berck-Plage au Tréport, en passant par Commercy, Bonneval-sur-Arc, Mens, Palavas-les-Flots, Aurillac…

Ses photos font la part belle à « la France des sous-préfectures, celle qui [l’] a vu naître ». Celle des désuètes boutiques de mercerie-modes ; des cafés en soins palliatifs qui s’appellent Le Maracana, le Café du Stade ou Le Français ; des retraités en marcel qui, assis sur une chaise devant leur maison, attendent que ça se passe ; des monuments aux morts qui rappellent, un peu partout, le tribut payé à la guerre (à la Grande, surtout) ; des calvaires fin XIXème que tutoie une cabine téléphonique fin XXème. Elles sont marquées par l’influence (visible et revendiquée) des photographes de la ruralité américaine Paul Strand et Walker Evans.

Surtout, La France de Raymond Depardon, qui est aussi celles des petites routes, vous incitera, comme moi, à enfourcher votre moto pour aller voir certains de ces lieux immortalisés par la magie d’une photo. C’est pour retrouver le cadre de l’une d’elles que je suis parti un jour à Port-Saint-Louis-du-Rhône ; que j’ai cherché une sublime route bordée de platanes dans l’Hérault, près de Montpeyroux ; que j’ai fait une longue pause à Briare au bord du pont-canal ; que je suis retourné à Lajoux dans le Jura…

La bonne nouvelle du jour ? Il reste plein de photos de Depardon que je n’ai pas encore visitées. 

Pour se faire une idée : quelques images, en basse définition, sur le site de L’Obs, ici.
Et aussi  (résultats d’une recherche directe sur Google).
Illustration : affiche pour l’exposition organisée à la Bibliothèque nationale de France, à partir de photos du livre.

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Note
(1) Fin 2004, Raymond Depardon a acheté un camping-car (un « fourgon Trigano »), pour pouvoir « embarquer tout son matériel (…) et attendre la météo et une lumière acceptables ». C’est moi qui souligne.

Cet article, publié dans Billets, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Le motard et le photographe

  1. Yves dit :

    Ce coup d’oeil, arrêt sur image, qu’on file retrouver au plus vite pour la capter, capter l’instant, y a pas plus simple pour passer à moto en revue nos paysages et une bonne journée !… Comme toi Jihel, quelques fois je m’y autorise.

    Raymond Depardon que tu nous présentes je lui trouve du talent, une vision à lui, et puis une présentation, contour noir, superbe pour donner du relief à l’image !

    Merci.

  2. Fred dit :

    Pour se donner des envies de balade à moto, retrouver les petites routes, les bons plans, les souvenirs, la France un peu musée aussi, il est vrai que les photos de Depardon sont un régal. Prendre le temps de regarder voilà quelque chose qui convient au motard et au photographe. 😉

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s