Tout le plaisir des jours

Filet Billet_685_bleu3_OKIl est 7 h. Sur mon téléphone, les quelques mesures d’une valse de Schubert qui m’ont déjà réveillé un peu partout, et sont devenues indissociables du « voyage ». Dans cet hôtel sympathique où j’ai mon rond de serviette et une place réservée pour ma moto dans le garage, j’ai dormi moyennement, mais on s’en fout. Ce qui importe, c’est cet air vif à l’ouverture de la fenêtre, et ce ciel sans nuage. Avant le p’tit déj’ prévu à 8 h, j’ai déjà préparé presque toutes mes affaires.

L’hôtel est situé au bord de l’Aygues, à quelques kilomètres de Nyons. Je petit-déjeune en regardant couler cette rivière au nom pléonasmique (aygue vient d’un mot occitan qui veut dire « eau »). Elle est placide aujourd’hui, mais le 22 septembre 1992, elle emportait la terrasse de l’hôtel située en contrebas – et reconstruite depuis, on l’aperçoit sur la photo. Dégâts somme toute modestes : au même moment, le même phénomène météorologique déclenchait la crue centennale de l’Ouvèze qui a causé la mort de 47 personnes à Vaison-la-Romaine, à une vingtaine de kilomètres au sud.

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Le patron vient discuter avec le seul client (c’est moi). On parle de la météo, du Ventoux et du Pas de la Graille qui sont ouverts inhabituellement tôt cette année, ça doit être ça le réchauffement climatique ; des touristes qui se font rares ; des jeunes du coin qui ont vidé tout un fût de bière hier soir.

Un petit café par gourmandise, pour faire descendre le grand. Dans la chambre ce sont les derniers préparatifs, un peu fébriles, j’ai hâte de rouler maintenant. La fermeture des sacs, l’hectomètre de papier hygiénique déroulé pour nettoyer l’écran du casque. Un dernier regard panoramique dans la chambre pour vérifier que je n’y laisse rien. Allez, on bouge, chaque minute que je perds ici est volée à la belle journée qui m’attend. Et rouler au matin d’une belle journée, je n’aime rien tant que cela.

La moto qu’on sort du garage, le moteur qui démarre au quart de tour et se cale tout seul sur le ralenti accéléré qui va bien. Parfait pour mettre mon casque, ajuster mon tour de cou, enfiler mes lunettes et mes gants. Il reste dans le réservoir de quoi faire 100 km avant la réserve. Y a plus qu’à.

Un petit signe de la main à l’hôtelier, qui est sorti pour me regarder partir. Débrayage. Première. Klonk.

Tout le plaisir des jours est en leurs matinées
La nuit est déjà proche à qui passe midi.

François de Malherbe. Sur le mariage du roi et de la reine (1600)

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7 commentaires pour Tout le plaisir des jours

  1. Brun dit :

    Le bonheur de la moto est dans ce billet.

  2. Florence dit :

    Superbe vue sur l’eau qui coule, photographiée par l’homme qui se pense…

  3. Daniel Battavoine dit :

    Moi aussi j’aime les matins. Parfois il y a en plus une odeur articulière avec également la terre qui « fume ». Hier j’étais à Chichiliane et j’ai pris mon café au « randonneur ». Puis j’ai démarré et enroulé tranquille avec une musique de fond comme dans les vidéos de Jihel (bah oui sur la bm il y a cette option, je sais c’est riche). La vie est belle du coup et je souris dans mon casque.

  4. Holmic dit :

    C’est exactement ça !

  5. Reynald dit :

    Hello voudrais bien passer en mai. Si je peux avoir l’adresse de l’hotel merci beaucoup.

  6. Reynald dit :

    Merci beaucoup; je n’étais pas revenu pour te lire entre-temps.
    Portes toi bien.

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