Voyage avec Murphy à travers l’Italie (2016). 2 sur 4

Filet Recit_685Sony l’a fait (pour moi) | Gavi | Si tu ne vas pas à l’hôtelier… | I Templari | Una telefonata | Apparition au café | TomTom et planification | 6ème loi de Murphy | Vers le Sud | SP 95, 98, 100 | L’autoroute A 12 | 7ème loi de Murphy | Renoncements | Routes à moto, le retour | L’albergo di San Paolo | Pensées de la nuit

Depuis mon entrée en Italie, je vois très peu de motos, et aucune « de voyage », c’est à dire un tant soit peu chargée. Mais les scooters sont légion, comme dirait Jules César. On en voit partout : des modernes surtout, volumineux et laids, et assez peu de Vespas, actuelles ou vintage. À la campagne et à la ville, tout le monde roule en scooter, jeunes et vieux, cadres sups et ouvriers d’usine, secrétaires de direction et lycéennes.

Conformément à mon souvenir, ces « routes de montagnes » restent bien plaisantes qui, plein nord au-dessus de Gênes, permettent d’échapper à la frénésie du littoral et de faire un peu de moto. Elles sont aussi en bien meilleur état que dans mon souvenir : le revêtement de cette P 456 est impeccable. Alors qu’en voyage la prudence est de mise, je me surprends à enchaîner vivement les pif-paf, ma moto est tellement faite pour ça. Mais il a plu ici la veille (sans doute la perturbation que j’ai laissée s’évacuer plus au nord), et les parties à l’ombre sont encore détrempées. Par distraction coupable, ma trajectoire vient coïncider un instant avec la ligne blanche fraîchement repeinte. Sur l’accélération l’arrière part en glisse aussitôt, mais le contrôle de traction rattrape le coup, et la moto se remet bien en ligne. Je ne laisserai personne dire du mal du MGCT (Moto Guzzi Controllo Trazione).

Quelques beaux villages le long de cette importante voie de pénétration vers l’intérieur. Je fais une pause-photo à Campo Ligure, pour tester les automatismes intelligents (sic) de mon nouvel APN.

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À propos de mon nouvel APN
Alors que les images que je rapporte de mes voyages sont si importantes pour moi, parmi les signes de l’impréparation de celui-ci, il y a le fait je suis parti avec un appareil photo acheté la veille. Je n’ai pas eu, donc, le temps de faire assez d’essais pour l’avoir en main : trois photos depuis mon balcon. Erreur de débutant, un peu comme partir faire le Tour du Mont Blanc (à pied, s’entend) avec des chaussures neuves.

mon-apnMon nouvel APN est un compact Sony de milieu de gamme, joliment prénommé Cyber-Shot DSC-RX 100. C’est le plus sophistiqué de ceux que j’ai possédé, et il me faudrait lui consacrer un mois à temps plein pour en explorer toutes les possibilités. La question que je me pose (pas si éloignée du vieux et récurrent débat GPS vs carte routière) est de savoir si je peux « faire confiance » à ses automatismes et leur déléguer la responsabilité de mes chères photos, ou m’en tenir à ma façon de faire habituelle : le mode « P », soit un automatisme limité au choix de la vitesse et de l’ouverture, épicétou.

Mon Sony fait beaucoup mieux, avec deux modes automatiques intelligents, paraît-il, dont un qui l’est « supérieurement ». Cela m’impressionne beaucoup. Non seulement celui-ci reconnaît le type de scène (portrait, paysage, contrejour, macro, etc.) et adapte tous ses réglages au mieux, mais il recourt au besoin à l’HDR (High Dynamic Range). Il prend dans ce cas (quasi) simultanément trois clichés de la scène : un normalement exposé, un légèrement sur-exposé et un légèrement sous-exposé, le système faisant une synthèse avec le meilleur des trois (je simplifie). J’avais testé cela avec mon appareil précédent, et n’avais pas été convaincu : ces images trop bien éclairées dans toutes leurs parties me semblaient « fausses ».

« Tu verras, ces automatismes se sont beaucoup améliorés ces dernières années », m’avait dit S., mon conseiller spécial pour ces questions. Et de me recommander d’utiliser le plus supérieurement intelligent des automatismes. C’est ce que j’ai fait la plupart du temps. Pour ces photos prises à l’arrach’, comme on griffonnerait un croquis sur un carnet, je crois qu’il a raison.

Gavi
Les traversées de villages sont l’occasion de vérifier qu’à rien à l’heure en 2ème et 3ème (ralentisseurs, etc.), la moto marche nettement moins bien avec le SP 95 dont je l’ai abreuvée hier matin. Il faudra faire avec, je le crains, ou emporter, lors de mon prochain voyage, quelques jerrycans d’Excellium.

Après Campo Ligure les montagnes s’estompent, à Ovada j’oblique vers l’est. Une petite route sans nom me rapproche d’un autre axe nord-sud, par lequel demain je redescendrai vers la côte, pour me diriger vers la Toscane.

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Je traverse un paysage de collines modestes, avec des villages dont chacun ou presque exhibe de ces témoignages architecturaux (églises surtout, mais aussi châteaux plus ou moins ruinés) qui incitent à faire une pause-photo, voire une pause tout court. C’est après l’un d’eux que je prends la décision de ne pas renouveler l’erreur d’hier soir, et de m’arrêter dès que je trouverai un endroit accueillant. Ce sera le charmant village de Gavi.

Gavi est un gros bourg que domine un vieux château (un bourg normal, donc), et dont le centre est un dédale de rues étroitissimes. Des morceaux d’ancien un peu partout, comme des morceaux de fruits dans un yaourt.

dsc00082_320Il règne ici une atmosphère sereine, certains résidents allant jusqu’à afficher leur sérénité sur la plaque de leur voiture. Sur la place un grand hôtel, plutôt élégant. Un jeune couple, qui l’est aussi, est aux manettes. Ils seraient heureux de m’accueillir, mais ils attendent confirmation pour la location de la dernière chambre. Le téléphone sonne devant moi, et la réponse est positive. C’est à dire négative me concernant. Peut-être parce que mon « Peccato per me ! » et mon accent que je croyais excellent les font sourire, ils décident de se bouger pour moi. Lui appelle un B & B dans le village, qui se trouve avoir une chambre libre. J’en suis heureux, et du coup n’écoute que distraitement les explications pour m’y rendre, et pas du tout l’adresse.

I Templari
J’avais tort, quoique l’endroit soit de toutes façons impossible à trouver par un humanoïde doté d’un cerveau normal. Plus tard, le propriétaire en conviendra : « Bisogna il TomTom » (« Il faut un GPS ». En Italie, « TomTom » est générique), avant d’ajouter, avec un geste qui se comprend dans toutes les langues, que faire une signalisation, ça coûte cher.

Comment j’ai trouvé alors, sans avoir rentré l’adresse dans mon GPS ? Bah, j’ai tourné à moto dans les ruelles moyenâgeuses, demandé à deux indigènes, me suis aventuré dans une cour où jouaient deux fillettes qui ont aussitôt alerté leur maman. Personne ne connaît le B & B I Templari (les Templiers), la seule personne prétendant le connaître m’ayant envoyé me perdre dans le village et ses rues à sens unique. Je finis pas entrer dans une boulangerie (elle se révèlera être à moins de 100 m de l’endroit que je cherche), où l’on ne connaît pas non plus. En sortant je vois arriver tout essoufflé un type rigolard, le propriétaire, qui me dit qu’après le coup de téléphone m’annonçant, il est sorti me guetter, m’a vu passer et me court après depuis cinq minutes.

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Ce que j’aime dans le voyage, c’est la différence, d’un jour sur l’autre : de routes, de paysages, de lumières, d’accents, d’hébergements. Et quelle différence entre hier soir et ce soir ! C’est simple, aujourd’hui est tout le contraire d’hier. Dans une grande cour intérieure, trois belles chambres sont aménagées dans un bâtiment stylé. La salle de bains, plus grande que ma chambre d’hier soir, est équipée Grohe haut de gamme. Boiseries et décoration sont discrètes et élégantes. Quant au lit (matrimoniale, comme disent drôlement les Italiens pour désigner un lit à deux places), j’ai rarement trouvé aussi confortable : je dormirai d’une traite, de 20 h 30 à 7 h – je devais avoir du sommeil en retard. Je veux le même matelas chez moi !

note2Le propriétaire m’installe, me conseille un restaurant en ville, et de me recommander de lui auprès de « Flavio » (il inscrit l’un et l’autre sur un papier). Hypocritement je prends l’air intéressé, mais j’ai déjà décidé que mon repas ce soir, ce serait fruits et salade en boîte ici. Pas envie de ressortir.

Avant de manger je fais quand même un tour à proximité, histoire de m’imprégner de la sérénité du village, et surtout, alors que la nuit tombe, pour faire quelques essais en basse lumière avec mon APN. Sans toucher au flash bien sûr : c’est l’automatisme supérieurement intelligent qui a tout fait.

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Una telefonata
Un coin repas/apéro est aménagé dans un angle de la cour, où sont deux ou trois voitures et ma moto. Alors que je suis en train de faire un sort à une partie de mes provisions embarquées, un type déboule en téléphonant (il habite dans la cour). Semble nerveux, puis carrément énervé. Il m’a vu, mais ne peut maîtriser de violents éclats de voix.

Soudain il se dirige à toute vitesse vers sa voiture (de l’autre côté de la cour). J’attends qu’il parte régler son différend sur zone, mais il n’en fait rien : il s’est enfermé dans sa voiture pour pouvoir faire exploser sa colère contre son interlocuteur/trice. Il hurle, donne de grands coups sur le volant, sur le pare-brise, c’est relativement impressionnant. Les « Vaffanculo ! » fusent. Comme j’ai fait italien 1ère langue à l’école, je suis en mesure de traduire, pour mes estimés lecteurs, l’expression primesautière « Vaffanculo ! », dont les Italiens aiment agrémenter leurs propos. Cette expression signifie précisément : « Ah bin, toi, dis-donc, tu as un sacré culot ! » Je sais, on apprend plein de choses sur ce blog.

J’essaie d’avoir l’air de ne pas être là, et me suis plongé, sur la carte, dans une analyse approfondie de mon trajet du lendemain. L’excité sort de la voiture sans un regard pour moi et d’un pas décidé, s’en va chercher le fucile avec lequel il va régler son petit problème relationnel.

Jeudi 22 septembre 2016

Ligurie ~ Toscane

Au matin le propriétaire est là à 8 h comme convenu, pour le petit-déjeuner. Son épouse (« Maria ») aussi, et tous deux aux petits soins. Maria a confectionné un gâteau délicieux, insiste pour que j’en emporte une part. J’en prends une petite. « Un’ altra ! », insiste-t-elle. J’obtempère.

La télé est allumée, qu’il regarde pendant que je beurre mes tartines et que Maria fait chauffer l’eau de mon thermo. Je lui demande quels sont les sujets d’actualité. Toujours « Il terremoto nel Lazio » (le tremblement de terre dans le centre de l’Italie, dont on continue de ressentir les répliques), et cette affaire qui, elle aussi, secoue le pays : un grand médecin qui aurait sauvagement tué sa femme à coups de couteau. Il m’a semblé que pour mon hôte, ceci surpassait cela.

Google_Iti2014Pause-café vers le sud
La météo ? « Nebbia » (« brouillard »), qui en effet estompe maisons et paysage. Le propriétaire et moi convenons que le brouillard précède souvent le soleil, d’autant que, comme l’auront noté les attentifs, aujourd’hui je redescends vers le sud et le bord de mer.

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Je quitte Gavi dans les embouteillages (travaux + trafic domicile/travail), jusqu’à la R 35 qui file vers Gênes. Je la laisserai 30 km avant, pour obliquer vers La Spezia. La même vallée laisse également passer l’autoroute, où est l’essentiel du trafic, et la voie ferrée. La nebbia rapidement se dissipe, et il n’y a pas grand monde sur cette route plaisante mais au revêtement dégradé.

Pause-café vers 10 h, il est grand temps. Le bar est investi par les papys du coin, qui détaillent sans un mot celui qui vient s’installer, comme eux, sur une chaise devant l’entrée (il n’y a pas de table). J’y amène mon café, sur la chaise d’à côté j’étale mon barda et ma carte, et commence à écrire dans mon carnet. Il fait doux.

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Et puis cette apparition : une jeune fille qui doit tout juste avoir le droit de voter, belle comme le jour qui luit. Je me souviens d’avoir pensé bizarrement (sorte de déformation « professionnelle ») que son visage était si parfait qu’on l’aurait dit retouché dans Photoshop. Dans le bar peuplé d’octogénaires, elle connaît tout le monde et semble à son aise. Je n’ai aucune raison de douter de la moralité de mes éphémères compagnons de bar, mais sa présence au milieu d’eux, c’est un peu Suzanne et les vieillards (1).

loi6TomTom et planification
Pour rejoindre Lavagna, où je dois prendre l’A 12, je teste la planification « Eviter les autoroutes », tout simplement. Il faut dire que mon TomTom, à qui je (ne) demande (que) de reproduire le plus fidèlement possible les itinéraires que je choisis sur la carte, essaye régulièrement de faire mon bonheur malgré moi en me proposant de « meilleurs » choix. La planification « Parcours le plus rapide » est généralement la solution. Mais parfois, pour des raisons inconnues de moi mais auxquelles Murphy n’est naturellement pas étranger, il arrive que mon GPS zappe certaines étapes auxquelles je tenais (2).

dsc00089_293Pas de ça aujourd’hui, ce nouveau choix de planification me conduit sans coup férir sur la petite route blanche bordée de vert que j’avais repérée (impossible à programmer facilement parce qu’aucun village ne s’y trouve), soit un joli détour dans la montagne par une minuscule route à moto comme on les aime.

Depuis le café, le ciel est devenu tout bleu, et il fait une fraîcheur très agréable. C’est le premier jour de l’automne, et ça vaut bien un thé, pris debout à côté de la moto. En guettant, c’est à quoi m’invite le panneau, l’arrivée en trombe d’un éventuel sanglier (cinghiale), la mort aux trousses.

En guise de sanglier, je ne verrai qu’un motard italien. Sur une Moto Guzzi ? Bah non. Même pas sur une moto italienne !

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L’autoroute A 12
Ayant refait le plein de 95, je demande à nouveau au gérant de la station où l’on trouve du SP 98 en Italie. Il me répond SP 100, « les pompes rouges », comme celle qui était à côté de la mienne… Damned ! J’ai raté une belle occasion de tester ce carburant dont j’ai lu grand bien (il est déjà présent en Allemagne et en Belgique), et je ne vais quand même pas vidanger mon réservoir pour le faire ! Réflexion faite, je décide un peu plus tard de ne pas l’essayer : et si ma moto se transformait en fusée avec lui, sachant qu’on ne le trouve pas en France ?

DCIM113GOPRODepuis un moment, l’influence méditerranéenne est de plus en plus sensible, et simultanément, la route se transforme à l’approche de la côte en une grande « rue de villages », lesquels s’enchaînent les uns après les autres. Saoulant.

Encore un arrêt avant de prendre l’autoroute, à Lavagna. Ce sera « Chez Nadia », fruits et légumes en direct de la production. J’en remplis mon sac pour 1 09 (!) D’une façon générale, tout est un peu moins cher en Italie. Jamais un café ne m’a coûté plus d’un euro, souvent 90 centimes, et l’excellente demi-pension de ce soir, 50 €, ce qui est peu courant en France.

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À Lavagna je me hisse sur l’autoroute, ici surplombante. Je veux me rapprocher rapidement, maintenant, de la Toscane, et en finir avec les allers-retours dans l’arrière-pays.

Je ne ferai pas beaucoup de photos avec la GoPro, parce que le bruit dans le casque, à allure autoroutière, fait que je n’entends pas le bip de marche/arrêt. Du coup, j’ai toujours la crainte que la caméra ne continue de prendre une photo toutes les deux secondes alors que je la crois arrêtée, et que la carte ne se remplisse comme ça (je n’ai toujours pas de télécommande avec témoin d’enregistrement au guidon).

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loi7S’enchaînent comme partout sur cette côte viaducs et tunnels, mais la vue sur la mer est limitée par la hauteur des garde-fous. Au bout d’un moment, l’envie de déguster les appétissants fruits de Nadia, et aussi l’un de ces besoins naturels que stimule les vibrations d’un moteur vivant, me font décider de m’arrêter au prochain parking ou aire de service. Las ! L’un et l’autre se font, et longuement, attendre. Rien pour s’arrêter jusqu’à ce parking où sont déjà deux camions et un utilitaire dont le conducteur fait un somme.

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Tout content de moi, je déchante rapidement : je ne suis pas ici la seule victime de la 7ème loi de Murphy. En fait, le parking est une sorte de gigantesque WC à ciel ouvert, la chasse d’eau en moins ! L’odeur est infecte, pour manger mes fruits je dois me réfugier à l’une des extrémités, encore abrégé-je au maximum la pause. Un couple d’Allemands en Audi, ayant choisi l’endroit pour pique-niquer, restera moins de cinq minutes.

Après le parking maudit s’ensuit une longue et fastidieuse séquence autoroutière. Le paysage, de plaine côtière désormais, n’offre plus la même variété que précédemment, et après La Spezia, l’autoroute devient parfaitement rectiligne. Il fait très chaud. L’ennui s’installe, seulement interrompu par de nombreuses sections en travaux obligeant à ralentir. Cela n’est pas du goût de certains de ceux qui me suivent, et semblent considérer que ralentir en abordant une zone en travaux, c’est pur gaspillage. Cet après-midi-là, ma motivation à poursuivre mon voyage vers le sud prend du plomb dans l’aile.

Renoncements
À Carrare (oui, ce Carrare-là), je sors de l’autoroute pour déplier mes cartes et décider de la suite. C’est peut-être mon pinaillage au péage qui m’a aidé à décider : en Italie, on le sait, sur les autoroutes comme dans les stations-services, l’usage de la CB n’est pas généralisé, et ce sont souvent les banknotes (en italien dans le texte) qui sont privilégiés. Sur certains postes de péage comme ici, on ne sait pas trop. J’hésite, je tente l’une et l’autre, rien ne marche, et je me résous à appuyer sur le bouton censé faire venir un employé. (Rien ne se passe, cela dit.) Puis je découvre un minuscule bouton « Aide », c’est une aide à l’écran qui me guide victorieusement vers le bon endroit où introduire mes dix euros.

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C’est juste après ce péage, donc, à Carrare, alors que je viens d’entrer en Toscane, que je décide, sans réfléchir plus que ça, de renoncer aux jolies petites routes qui parcourent les collines, vers Volterra et San Gimignano. Il me faudrait encore une petite journée dans les conditions que je viens de dire pour rejoindre Grosseto où je serais à pied d’oeuvre, et un peu plus, par l’intérieur, pour revenir au niveau où je suis aujourd’hui. À ce moment : fatigué, plus motivé, plus envie (3).

Demi-tour stratégique après l’échangeur, et direction Parme (je n’ai pas renoncé aux visites « culturelles »), en prenant la direction de Reggio nell’ Emilia : la belle SS 63 me tend ses virages.

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Routes à motos, le retour
Toujours réglé pour privilégier les petites routes, le GPS me fait rejoindre la SS 63 à Fivizzano. Il est certain qu’on n’y est pas arrivé par le plus court chemin, et il me semble que la 6ème loi de Murphy s’est appliquée à nouveau. Pas grave, on est ici entre mer et montagnes, dans le beau Parc Naturel des Alpi Apuane, c’est un tout autre film que la morne autoroute. Et l’occasion de vérifier qu’en Italie le triporteur (généralement conduit par un papy tremblotant) est une institution plus solide que le Vatican et l’ex-Démocratie Chrétienne réunis.

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En quittant le bord de mer, le ciel se charge. Il est déjà très chargé dans la direction où je vais, c’est à dire sur le relief. Cela permet, en abordant ce village resserré autour de son église et encore au soleil, de jolis contrastes.

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Après Fivizzano, cette SS 63 est définitivement la plus belle des routes à moto que j’ai dénichées en Italie, et elle m’accompagnera, demain, jusqu’à midi. J’ai grand plaisir à y rouler en cette fin de journée, mais je ne vais pas trop insister parce que, conformément à la 5ème loi de Murphy, je suis en train de me jeter dans la gueule du loup, heu, de l’orage.

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Vers 19 h 30 je tombe sur ce qui sera l’adresse « coup de cœur » de ce voyage, ce petit hôtel situé en face de la belle église romane de San Paolo (XIIème siècle). Belle route, superbe endroit pour faire étape, orage évité : je suis toujours en Toscane, mais on dirait que les conditions se sont réunies pour me faire oublier ce à quoi j’ai renoncé.

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L’albergo di San Paolo
Hormis deux ou trois habitués venus boire un coup ici, je suis le seul client. Mon hôte est d’une amabilité extrême. L’albergo est une bâtisse ancienne, avec deux immenses salles de restaurant, dont l’une, très kitsch, me plaît beaucoup. Le propriétaire s’est adapté à la proximité, de l’autre côté de la route, de la pittoresque église San Paolo, « parfaite pour mariages, baptêmes ou communions », lit-on sur le site de l’établissement. « Après la célébration religieuse dans l’église, la fête continue dans les salles de l’albergo. Le grand salon, récemment rénové, est probablement la plus grande salle de toute la Lunigiana [pour ce genre de cérémonies] », etc.

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Gentillesse et simplicité de l’accueil, modestie, y compris de la note payée au matin, calme de l’endroit : tout me plaît ici. Une seule chose me préoccupera en entendant un chien aboyer avec insistance cette nuit : la question récurrente de l’antivol sur la moto (!)

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Je m’astreins en effet à emmener toujours avec moi un bloque-disque, moins encombrant qu’un « U », et dont beaucoup contestent l’efficacité (sauf pour massacrer disque et étrier quand on démarre en l’ayant oublié). Mais comme je ne dors pratiquement plus que dans des hôtels, et ma moto dans leur garage ou parking privé, placer mon antivol n’a plus grand sens. Puis n’y a-t-il pas quelque chose d’irrespectueux, à l’égard du propriétaire, que de sembler douter ainsi de la protection qu’il vous offre ? Le plus souvent donc, le bloque-disque reste au fond du sac. Mais ce soir c’est un peu différent. J’ai refusé le garage proposé pour mettre simplement ma moto à l’abri de la pluie, sous un balcon donnant sur la route – en me contentant de bloquer la direction. Pendant un moment cette nuit, il m’a semblé que le chien en avait après ceux qui étaient en train d’embarquer ma Guzzi dans une camionnette.

À part ça, une seule question m’aura préoccupé à l’occasion de cette étape agréable, en dégustant d’excellents uovi tegamino (œufs au plat) dans des couverts où le campanile d’en face est reproduit partout : pourquoi dans les hôtels sert-on toujours le repas du soir à 19 h 30, et pas à 19 h 40, ou 20 h 07 ?

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Vendredi 23 septembre 2016

Toscane ~ Emilie-Romagne ~ Lombardie

Google_Iti2014Une dernière photo du campanile, et je roule sur une belle route à motos avec de vraies motos dessus (j’y reviens au prochain épisode), en direction du Col del Cerretto, qui marque la limite entre la Toscane et l’Emilie-Romagne.

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DCIM113GOPRODans la lumière du beau temps retrouvé, je m’applique à faire des photos en roulant. Les virages à droite m’offrent régulièrement de belles découvertes sur les Apennins, qui n’apparaîtront vraiment, en majesté, qu’au col.

Plusieurs fois sur cette route, je suis frappé par l’information omniprésente sur l’obligation d’embarquer chaînes ou équipements spéciaux du fait de l’enneigement, ceci du 15 novembre au 15 avril. C’est généreux, je trouve. Pour un Grenoblois moyen, alors qu’on est à moins de 1 200 m et à la latitude d’Avignon, ça manque même de crédibilité. Un peu moins, dans les derniers kilomètres avant le col, avec cette longue partie à l’ombre, exposée plein nord, et avec une chaussée constamment humide.

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[à suivre]

Voyage avec Murphy à travers l’Italie. 1 sur 4
Voyage avec Murphy à travers l’Italie. 2 sur 4
Voyage avec Murphy à travers l’Italie. 3 sur 4
Voyage avec Murphy à travers l’Italie. 4 sur 4

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Notes
(1) Suzanne et les vieillards est un épisode biblique relatant l’histoire d’une jeune femme qui, observée par eux alors qu’elle prend son bain, refuse les propositions de deux vieillards aussi libidineux que malhonnêtes. Ce sujet a souvent été traité en peinture, notamment par Le Tintoret, Véronèse, Rembrandt.
(2) Glanée sur le forum TomTom, l’explication la plus convaincante serait que mes itinéraires sont des .itn, le format propriétaire de TomTom, incontournable si l’on saisit les étapes directement sur le GPS. Un résultat plus « fidèle » serait obtenu (en recourant à une application extérieure) avec des .gpx, qui sont une trace, quand les .itn sont des points de passage.
(3) On verra plus avant que continuer deux jours de plus aurait pourtant été judicieux. Au retour, le numéro de RoadTrip qui m’attendait dans la boîte aux lettres enfonce le clou. Sous une photo illustrant un voyage de lecteur, cette légende, juste pour m’embêter : « La campagne toscane et ses jolies routes sinueuses entre Volterra et San Gimignano sur ma GSA, le pied ! » (RoadTrip n° 38, octobre-novembre 2016, p. 114.)

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2 commentaires pour Voyage avec Murphy à travers l’Italie (2016). 2 sur 4

  1. askell dit :

    Commentons ! commentons : mon père motard vers 1930 disait « sur une 500 il te faut toujours des pneus neufs. » Alors sans le MGCT c’était la chute assurée ????
    Angoisse de ne pas retrouver ma moto le matin ??? je n’ai pas d’antivol !!! mais volerait-on une Bullet ????? Mais une Guzzi en Italie tu as une chance ?????
    Vaffanculo ! c’est ce que m’a dit un photographe à Milan parce que je ne lui ai pas acheté ses photos !! je ne suis pas certain de ta traduction ????
    3 jours en Italie et tu n’as pas encore mangé de pasta ?
    Et encore merci de nous faire partager tes voyages ; amitiés Askell

    • jihel48 dit :

      Merci Askell. Et oui, à ce moment j’avais déjà mangé des pâtes, mais je n’ai goûté à l’autre plat national (la pizza) que l’avant-dernier jour. Il est vrai que la gastronomie n’est pas mon fort ! 🙂
      Bien cordialement.

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