Rapprochements

Filet Billet_685_bleu3_OKÀ destination d’un public de garçons du genre masculin et motards de surcroît, marketing et publicité multiplient les « rapprochements » entre femme et moto, et ça ne date pas d’hier (1). Le résultat est le plus souvent juste vulgaire, et des tas de jolies filles, à cause des positions grotesques qu’on leur fait prendre sur les motos, prennent le risque de se casser le cou (d’autant qu’elles sont généralement dépourvues de vêtements de protection homologués).

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Umbrella_h457Filles et moto sont encore rapprochées avec le rôle vaguement dégradant qui est réservé aux premières dans les salons dédiés à la seconde (entre potiches et plantes vertes, elles sont « une sorte de cadeau fait aux instincts les plus primaires et les plus vils des spectateurs ») (2), ou sur la ligne de départ des Grands Prix (les inévitables umbrella’s girls, sans lesquelles on y verrait sans doute moins de caméras) ; par la thématique des conversations entre potes au Café des Sports ; parfois par les femmes elles-mêmes (« Si tu passais autant de temps sur moi que sur ta moto, je serais tellement heureuse… »), etc.

Tout cela est bien connu, et je ne vais pas surenchérir en multipliant les exemples. Seulement en évoquer un, de rapprochement, qu’on pourra trouver d’un goût douteux (c’est bien malgré moi), mais qui m’a toujours frappé. Je ne suis qu’un homme, après tout, c’est à dire loin d’être parfait (3), et puis le paragraphe qui suit est complètement réversible.

De la vie de couple, il arrive qu’on se lasse, ou plus souvent de la personne avec qui on le fait (couple). Arrive une nouvelle fiancée, et ces activités mêmes qu’on aimait bien au début et qui étaient devenues des pensums (aller manger dans ce resto chinois où l’on est servi à l’étage ; boire un pot dans un bar tendance du centre-ville ; aller voir, un dimanche après-midi de pluie, un film coréen sous-titré en islandais ; passer un week-end au lit alors qu’il fait beau dehors et qu’on n’est pas malade – mais ça, il y a longtemps qu’on ne le faisait plus), ces activités, donc, redeviennent agréables et excitantes, et on a l’impression de tout réinventer.

Même Stevie Wonder voit bien où je veux en venir, pas vrai ? L’un des grands plaisirs qui accompagne l’arrivée d’une nouvelle moto, c’est de redécouvrir ces routes et ces balades qu’on avait tendance à délaisser, parce qu’on pensait qu’elles n’avaient plus rien à nous apprendre. On avait tort.

> Voir aussi
Ma nouvelle moto. Premières impressions
La première fois
Les filles à moto

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Notes
(1) J’ai retrouvé une publicité datant de 1973, pour la marque Zundapp, qui reproduit la première des photographies ci-dessus, à ceci près que le modèle exhibe cette fois son côté pile, et porte… un casque !
C’était déjà le même « concept » (la beauté des femmes fait vendre le produit associé), avec les affiches publicitaires peintes par Alfons Mucha pour les cycles Perfecta, dès la fin du XIXème siècle. On y voyait seulement un peu plus de tissu.
Motocorsa, une boutique spécialisée dans la vente de Ducati, s’est attirée (en décembre 2013) les foudres des consommateurs après avoir publié des photos qualifiées de sexistes, sur lesquelles une jeune femme très peu vêtue prenait des poses sexy près des motos. Afin de calmer ses détracteurs, fatigués de voir les femmes utilisées de cette manière, le manager a réorganisé la séance photo… en mettant en scène ses employés mâles ! Cela ne veut pas dire que, pour l’occasion, les clichés sexistes aient été évités, mais cela dénote au moins une prise de conscience.
(2) Ma revue préférée, là-dessus, n’y va pas par quatre chemins, en légendant ainsi (je donne ci-après la citation complète) une photo d’une jeune femme tout en jambes, qui semble s’ennuyer ferme sur le dernier modèle de roadster Yondazuki : « Pas de salon ou de départ de GP sans hôtesses courtement vêtues. (…) Ce cadeau fait aux instincts les plus primaires et les plus vils [des spectateurs] porte un nom : le commerce ». MotoMagazine
n° 319, juillet-août 2015, p. 83.
(3) Daphné (Jack Lemmon) : « You don’t understand, Osgood, I’m a man ! »
Osgood (Joe E. Brown) : « Well… Nobody’s perfect ! »
Billy Wilder, Some Like It Hot (Certains l’aiment chaud), 1959.

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Un commentaire pour Rapprochements

  1. Etienne dit :

    Si le stéréotype de la conquête féminine, obtenue grâce au 130 chevaux de la monture limitée à 130 Km/h sur autoroute, perdure dans les magazines moto ; il y a également le stéréotype du mal, mal rasé, suant, poussiéreux, avec son pote tout aussi baroudeur qui laissent leurs montures GS à 16 000 refroidir. Voilà une bien belle photo glacée qui ne manquera pas de susciter les rêves de deux amis en train de siroter une bière avant de rider sur le périf pour aller chez le concessionnaire faire la première révision… Au fond rien de bien différent avec les photos de pin-up sur les motos.

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