Mes deux vies

Filet Billet_685_bleu3_OK10 h du matin, près de Seurre, Côte d’Or : sa Saône, ses bateaux, son ancien pont dont il ne reste que les « têtes ». Il est grand temps de s’injecter un peu de caféine. Le nom de l’endroit où je m’arrête ne m’apparaît qu’une fois descendu de la moto : Les deux vies. Saperlipopette ! Ce café, à l’évidence, est fait pour moi, car je suis quelqu’un qui a deux vies.

La première de mes deux vies, de novembre à mars, est celle d’un gars ben ordinaire, comme dit Charlebois. Plutôt casanière, elle s’écoule entre les livres, les films, la musique, mon petit ordinateur frappé d’une pomme, et le plaisir de voir mes proches. Tout cela compte beaucoup pour moi.

DSCN4163_640

DSCN4165_263De mars à novembre, tel Clark Kent après avoir revêtu la cape de Superman, je me glisse dans ma deuxième vie, celle de motard. Malheureusement, je suis doté de moins de super-pouvoirs que le super-héros originaire de Krypton.

Je me contente, aussi souvent que je le peux, de prendre ma moto pour aller voir ailleurs si j’y suis. Ailleurs je redécouvre la nature comme elle va, le mouvement des saisons (la vie dans une grande ville tend à nous les faire oublier), et je croise d’autres vies que la mienne. Que les miennes, plutôt (1).

En allant payer mon café (à cette petite fille rousse à qui sa mère a décidé d’apprendre le métier de bonne heure), je m’enquiers de l’origine du nom de cet endroit. Je ne doute pas que je vais avoir confirmation de ce que ce café est dédié aux gens qui, comme moi, ont deux vies – voire à ceux, ce ne sont pas forcément les mêmes, qui mènent une double vie.

« Quand on a acheté ici il y a trente ans, me dit la mère de cette petite fille rousse, ça s’appelait déjà comme ça. D’après les anciens, ça vient du bois qui est derrière la maison [je l’aperçois par la fenêtre], qui s’appelle le Bois des Deux Vies. »

La « vie » en question s’avère être une corruption du mot voie, et en effet, deux voies romaines se croisaient ici, au temps d’Astérix.

Bon. Moi, je veux bien. Mais je crois que je préfère la mienne, d’explication.

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Note
(1) Formule piquée à Emmanuel Carrère, dont le beau D’autres vies que la mienne, POL, 2009, est librement inspiré de « récits de vie » bouleversants. Comme écrivain pratiquant le journalisme, et de plus en plus tenté par l’écriture « de ce qui s’est passé », Emmanuel Carrère a récemment récidivé avec sa « Lettre à une Calaisienne », publiée dans la revue XXI, n° 34, printemps 2016.

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3 commentaires pour Mes deux vies

  1. girard dit :

    Je préfère aussi ton explication. Et de loin parce qu’elle est belle !

  2. Caféine, peut-être, mais la vitrine annonce tout autre chose !

  3. Philippe dit :

    Je vois que ça me laisse sans voix ton histoire de voies… 🙂

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