Voyage avec Stevenson dans les Cévennes (2015). 1 sur 4

Filet Recit_685En faisant une recherche avec le mot « Stevenson » dans ce blog, on trouve déjà six articles où il est question de lui, le présent article non compris. D’où la tentation de dire ici de l’auteur de L’Ile au trésor ce que le président Sarkozy disait de l’écologie : « Stevenson, ça commence à bien faire ». À ceux qui auraient cette tentation, je dirais qu’il reste quand même cent-quatre-vingt-douze articles où l’on ne parle pas du tout de lui. De quoi occuper les longues soirées d’hiver, et les journées pluvieuses.

Bouquin_h318Voyages avec un âne dans les Cévennes est sorti en édition de poche en 1978, à l’occasion du centenaire dudit voyage. On avait alors été nombreux à lui faire un succès. Il avait dû y avoir un peu de mousse médiatique autour du bouquin, et surtout cette histoire, jusque là peu connue, avait quelque chose de « romantique ».

Alors âgé de 28 ans, Stevenson est un écrivain un peu bohème. En 1878 il n’a encore rien publié de notable : L’Ile au trésor et L’Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde viendront respectivement cinq et huit ans plus tard. Quoique de santé fragile (il mourra à 44 ans), il se livre à de « joyeuses dissipations », comme dit son préfacier Francis Lacassin : le vin, l’opium, et « tout ce qui est fatal à l’âme et au corps ». La France, qu’il connaît bien, est le pays d’élection de cet Ecossais, et depuis 1873 il y passe trois mois par an. 

Amoureux d’une femme mariée, Fanny Osbourne, qui se refuse à lui, il part oublier son chagrin dans la France très profonde, où il entreprend, entre le 22 septembre et le 4 octobre de cette année 1878, un voyage à pied en compagnie d’un âne. Son voyage le conduit du Monastier-sur-Gazeille, en Haute-Loire, à Saint-Jean-du-Gard, dans le… Gard, en passant par le Mont Lozère (1).

Carte Chemin_sep

Environ 230 km, soit, routes cévenoles obligent, une petite journée de moto (je mettrai un peu plus de deux jours). Douze jours pour l’écrivain, qui voyageait sans aucune connaissance du terrain, sans carte et sans GPS (!), sans non plus la connaissance du maniement de l’animal qui allait lui servir de 4 x 4 et de porte-bagages.

Signal_h340Merci qui ?
Pas sûr qu’il s’en soit douté, mais Stevenson a beaucoup fait pour développer le tourisme entre Haute-Loire, Lozère et Gard. Il suffit de s’y balader pour constater que l’écrivain-voyageur est partout, dans les enseignes, les panneaux d’information touristique, les commerces et sur les serviettes en papier des restaurants.

Un sentier balisé lui est dédié (le GR 70), qui reprend en gros l’itinéraire qui fut le sien, et connaît un vif succès : 6 000 randonneurs ont été comptabilisés au départ du Monastier en 2013, ânes (et ânesses) non compris. Depuis juin 2015, le Chemin de Stevenson est classé « Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe ». (2)

« Comme le Chemin de Compostelle, alors ?
— Comme le Chemin de Compostelle, oui. Ça fait plaisir de voir qu’il y en a qui suivent. » Sourire_16

L’association Sur le chemin de Robert Louis Stevenson, créée en 1994 et dont le siège est à Pont-de-Montvert, cultive le souvenir de l’écrivain, balise l’itinéraire et labellise les hébergements. Son site dispose d’une boutique en ligne où l’on peut acheter vestes polaires, écussons, badges, gobelets réutilisables, couteaux, et même ânes en peluche… L’association a également un groupe sur Facebook, et l’on trouve par ailleurs plusieurs forums dédiés sur l’Internet, tels que celui-ci.

Modestine et la moto
Lorsque j’ai eu l’idée de mettre mes roues dans les pas de Stevenson, les qualités de ma moto d’alors n’étaient pas sans rapport avec celles de l’ânesse joliment baptisée Modestine par l’écrivain. Légèreté, « modestie » et simplicité, rusticité même, appétit d’oiseau, opiniâtreté et courage devant l’obstacle : la Bullet aurait été une parfaite Modestine.

Quand j’ai changé de moto, j’allais abandonner ce projet lorsque j’ai découvert que ma Guzzi avait dans ses gènes de quoi tenir son rôle : en effet, son moteur est issu d’une sorte de tracteur à trois roues motrices, la mule mécanique ou « 3 x 3 », propulsé par un V-twin de 650 cc placé en position transversale. Produit pour les troupes de montagne de l’armée italienne, ce 3 x 3 était censé « remplacer l’âne sur les sentiers », c’est moi qui souligne. C’est pas beau, ça ? En 1965, Moto Guzzi trouva un autre débouché à ce moteur, et c’est ainsi que naquit la V7, destinée à concurrencer les flats-twins BMW. Mais c’est là une autre histoire.

À savoir
1. – Toutes les citations de Stevenson sont en couleur et italiques, centrées. À l’intérieur de ces citations, les parties composées en romain et [entre crochets] sont de mon cru. Ce sont des « NDLR », souvent pour actualiser ses propos ou observations, ou pour rendre grammaticalement correct un fragment cité. Quelques citations brèves peuvent se trouver dans le corps de mon propre texte, elles sont également en italiques.
2. – J’ai respecté l’orthographe originale, qui peut nous surprendre : « Alais » pour Alès, « Aigoal » pour Aigoual, « simeterre » pour cimeterre, etc. J’ai également respecté l’orthographe du titre de mon édition (généralement raccourci en Voyages…), où « Voyages » est au pluriel. Cela va contre l’usage pour ce qui est des rééditions actuelles, contre aussi une certaine logique (il s’agit d’un voyage, en réalité), mais est conforme au titre original anglais : Travels with a donkey in the Cévennes.
LogoAssoStevenson_h48b3. – Le petit logo « Stevenson et Modestine » signale les localités où l’écrivain a fait étape en 1878.
4. – Je rappelle que le Chemin de Stevenson est un GR (le GR 70), et traverse une partie du Parc National des Cévennes. Mon itinéraire s’en est donc détourné chaque fois que la route (plus ou moins) revêtue le cédait aux chemins où tout véhicule motorisé est proscrit. Mais on trouve le plus souvent une route ou un chemin vicinal à proximité. Mon projet était de passer par tous les villages et hameaux cités par Stevenson dans son livre, aujourd’hui reliés au réseau routier.
5. – Invité de l’émission Soft Power, sur France Culture le 7 février 2016, Norman, l’un des plus suivis des YouTubers francophones (et non le moins talentueux), assurait que « Dès qu’une phrase fait plus de dix mots, ça n’intéresse plus personne ». Autant l’avouer tout de suite : il est possible que dans le récit qui vient, quelques phrases fassent plus de dix mots. Vous voilà prévenus, amis lecteurs. Quant à moi, je sais maintenant pourquoi je n’aurai jamais la popularité de Norman.

*

à B.,
grand voyageur et fin lettré

Dans cette région, on me considérait avec une piété dédaigneuse,
comme un individu qui aurait décidé un voyage dans la Lune.
R.-L. Stevenson
Voyages avec un âne dans les Cévennes

Prologue. Un touriste au Monastier
Comme celui de Stevenson, mon voyage commence au Monastier-sur-Gazeille, village « fameux par la fabrication des dentelles, par l’ivrognerie, par la liberté des propos, et les dissensions politiques sans égales ». Quoique venant ici depuis presque aussi longtemps que je fais de la moto, j’avoue m’être tenu un peu à l’écart de tout ça. L’aubergiste m’accueille chaleureusement. On discute, je lui dis un mot de mon projet, et elle devient encore plus chaleureuse : « Stevenson ? Son voyage ? Oui, oui, bien sûr, je connais. Mais j’ai pas encore eu le temps de le lire, ça fait que deux ans qu’on est installés ici. Par contre, j’ai bien aimé L’Ile du Diable ».

DSCN3162_640

Légèrement accablé par ce que je viens d’entendre, je pars faire des photos dans le village, en essayant de capter les traces du passage du grand homme. Lequel village, que j’ai connu tout rabougri dans les années 70, me semble aujourd’hui bien pimpant, avec ces manifestations d’activités évidemment liées au tourisme… et au voyage de l’auteur de L’Ile au trésor : boutiques de souvenirs, gîtes et chambres d’hôtes en nombre, restaurants de spécialités régionales, taxis officiant dans l’accompagnement de randonneurs et le transport des bagages.

DSCN3160_640

DSCN3158_h342Ma démarche se soldera par une grosse déception. On m’indique l’endroit d’où Stevenson est parti : c’est aujourd’hui la place de la Poste, et la vilaine et peu lisible stèle commémorative, sur cette vilaine place, n’est guère mise en valeur. Il y en a une autre, plus moderne, m’assure-t-on, Place du Marché. Je m’y rends, parcours la place. Pas plus de stèle que d’Ile du Diable dans l’œuvre de Stevenson.

Au Vival où je vais acheter du thé, je trouve enfin quelqu’un qui s’intéresse à mon sujet : la gérante connaît son Stevenson sur le bout des doigts. « La statue, elle doit être cachée par le camion à pizzas. Il a l’habitude de se mettre devant. » Oh my God ! Elle a raison, vérifié-je à peine sorti. Il la cache… au moins en partie. Qu’attend le maire pour lui retirer sa licence ? « Et puis vous verrez, juste en face, au dessus de la pharmacie, c’est l’appartement où il a habité. » Vu.

DSCN3179_640

Je l’interroge sur ma « grosse déception », qui se fera récurrente au cours de ce voyage : l’espèce d’ingratitude que je crois déjà ressentir, dans ce village qui doit aujourd’hui l’essentiel de son activité touristique à ceux qui sont ici pour faire le « Chemin de Stevenson ». Elle en convient, et abonde dans mon sens en m’indiquant qu’elle a parlé avec un randonneur ayant fait le Chemin « à l’envers » cet été (du sud au nord). « Il voyait 50 à 100 personnes par jour ! » Elle semble très fière de cela.

Jeudi 3 septembre 2015

Briefing à l’auberge
Ce matin longue discussion avec l’aubergiste – au masculin cette fois. Quoique n’étant pas né natif du coin, et n’ayant pas, lui non plus, lu Voyages…, il s’intéresse à Stevenson, et surtout, charité bien ordonnée, à l’activité touristique générée par son voyage et son livre. Bien sûr, il est membre de l’association, et à ce titre, dispose d’informations diffusées par son réseau, dont il fait profiter les touristes/randonneurs.

Ainsi nous signale-t-il la présence de punaises de lit dans certains hébergements (il ne dit pas lesquels, histoire de laisser à chacun le plaisir de la découverte), et des attaques de chiens errants entre Le Bouchet et Langogne (comme à l’époque de Stevenson, où les chiens errants laissaient parfois la place aux loups). Les deux Belges sympathiques avec qui j’ai parlé au petit-déjeuner, et qui débutent aujourd’hui le Chemin, ont dû apprécier.

Les champs du départ
Il est 9 h 20 quand, moto chargée, caméra installée et réglée (pour prendre des images en time lapse), je quitte Le Monastier. Ici, l’axe privilégié par la signalétique c’est Aubenas ~ Le Puy, avec une grande traversante qui se tient à l’écart du vieux village. Pour trouver la petite route qui s’en écarte, c’est Javel La Croix et la bannière, et appel aux ressources locales.

DCIM110GOPRO

Il fait frais, le ciel est bas et lourd, et la pluie, c’est pour dans cinq minutes au mieux. Mais c’est pas grave, mon voyage commence, et vive la vie. Certains des paysages, églises, monuments que je vais voir maintenant vont se présenter à mes yeux à peu près comme Stevenson les as vus il y a 137 ans. Je trouve cela émouvant.

LogoAssoStevenson_h48b22 septembre 1878
Le Monastier-sur-Gazeille ~ Le Bouchet-Saint-Nicolas

L’horloge du Monastier sonnait juste neuf heures lorsque j’en eus terminé avec ces ennuis préliminaires [le bât qu’on lui a vendu s’est avéré d’une totale inefficacité], et descendis la colline à travers les prés communaux. Nous traversâmes le gué sans difficulté.

Un peu avant le pont, je remarque qu’une voiture se maintient à ma hauteur. C’est la jeune femme qui m’a indiqué mon chemin tout à l’heure, et qui vient s’assurer, à grand renfort de gestes explicites, que je vais bien prendre la bonne direction (c’est à dire passer le pont, sur la droite). Ingrats avec Stevenson, mais sympathiques et serviables, ces Monastérois.

DCIM110GOPRO
DCIM110GOPRO

Dans les beaux virages par lesquels on s’extrait de la vallée de la Gazeille, la moto, dans le gras du couple, m’allonge gentiment les bras. Sur le replat se déploient ces paysages champêtres et ces vues étendues typiques de la Haute-Loire, reposantes pour l’œil. Comme rien ne me presse, je multiplie les arrêts photos. En particulier, dans la descente sur Saint-Martin-de-Fugères, à l’endroit où le chemin par lequel Stevenson est arrivé rejoint la D 500. Quelques ânes sont au pré, comme pour rassurer le voyageur qui douterait de sa route.

DSCN3183_640

Tandis qu’au bas de la côte, nous traversions Saint-Martin-de-Fugères, l’église débordait de fidèles jusqu’au seuil.

Je m’arrête au pied de la fameuse église. Le village est à peu près désert, n’étaient quelques personnes venues acheter leur pain à la boulangerie. L’église aujourd’hui ne « déborde pas de fidèles », loin s’en faut. J’attrape un acheteur de pain (qui est peut-être aussi un fidèle) pour lui poser la question que je poserai partout pendant ce voyage : y a-t-il ici des traces du passage de Stevenson en 1878 ? L’homme me regarde, intrigué, avant de lâcher : « Ici, il n’y a rien. Vous devriez aller voir au Monastier ! »

DSCN3186_640

Dans cet agréable état d’esprit, je descendis la colline jusqu’où est situé Goudet, à la pointe verdoyante d’une vallée, en face du château de Beaufort sur une butte rocheuse et du cours d’eau, limpide comme du cristal, (…) qui sinue entre les pierres, aimable jouvenceau de fleuve qu’il semble absurde d’appeler la Loire.

DSCN3189_640

Goudet
Le coup de « l’aimable jouvenceau de fleuve », je l’ai déjà fait aux lecteurs de La Loire à moto. En suivant la Loire de sa source à l’estuaire, j’étais déjà, forcément, passé ici. Mais quand on aime, on ne compte pas.

De toutes parts, Goudet est encerclé par des montagnes. Des sentes rocailleuses, praticables au mieux par des ânes, relient Goudet au reste de la France.

Du seuil de leur maison, [hommes et femmes] lèvent les yeux, l’hiver, vers les pics ceints de neiges, dans un isolement qu’on jurerait pareil à celui des Cyclopes homériques.

Je ne vois pas tellement de pics, par ici, et j’ai un peu de mal à imaginer ces pics absents « ceints de neige » en hiver. Peut-être parce que depuis chez moi, l’hiver, des « pics ceints de neige », j’en vois plein ?

DSCN3187_640

DSCN3191_346À Goudet je fais quelques photos. Puis je franchis le pont, et m’avance pour quelques centaines de mètres sur la RD 49, jusqu’à l’endroit où le Chemin de Stevenson reprend son autonomie dans les bois. En me disant que je suis parti pour une série de courts roulages-arrêts qui ne valent rien à l’antique moteur à air de ma Guzzi, lent à chauffer et prompt à refroidir. Je vais lui imposer ce traitement pendant trois jours, et je sais que j’aurai le cœur fendu par ça. Mais il faut savoir ce qu’on veut dans la vie, hein.

La montée vers Ussel illustrera le fait que ce voyage, dédié à quelqu’un qui voyageait sur les chemins, n’est pas du tout désagréable à faire à moto par des voies adjacentes. Bien au contraire. Cette portion depuis Le Monastier est très plaisante, et, alors que j’arrive à Ussel, la pluie qui se fait de plus en plus menaçante n’y change rien.

DCIM110GOPRO

Ussel
Du village en revanche, Stevenson ne garde pas un bon souvenir.

Dans le village d’Ussel, le bât et le fourniment au complet firent un tour de conversion et se vautrèrent dans la poussière, sous le ventre de l’ânesse. Elle, au comble de la joie, se redressa et parut sourire. Un groupe d’un homme, de deux femmes et de deux enfants survint et, debout autour de moi, en demi-cercle, l’encouragèrent par leur exemple.

DCIM110GOPRO

Après Ussel, c’est campagne ou campagne. J’aime ces paysages modestes, ces terres tout entières en cultures, à l’exception de quelques coteaux, épargnés juste pour faire joli dans le paysage.

Quoiqu’il demeurât quelques trainées d’or au loin vers l’est, sur les monts et les obscurs bois de sapins, l’atmosphère entière était grise et froide au-dessus de notre sente à l’horizon. Une multitude de chemins campagnards conduisaient ici et là à travers champs.

DCIM110GOPRO

J’aime un peu moins la boue (issue des chemins campagnards) qui tapisse la route un peu partout, preuve que cette route-ci est plus fréquentée par les tracteurs que par les motos. Mais je garde un souvenir fort de cette partie de campagne (!) qui me rapproche, plein est, de Costaros.

Repas ouvrier sur la RN 88
À Costaros je rejoins la route nationale 88, fort fréquentée par ici : jusqu’à 28 000 véhicules/jour, dont une majorité de camions, m’expliquera le patron du restaurant ouvrier où je m’arrête. C’est que depuis Le Puy, cette route constitue, avec la RN 102 qui la prolonge au-dessus de Pradelles, « le » grand axe permettant de rejoindre, via Lanarce et le Col de la Chavade, Aubenas et la vallée du Rhône. Je m’étonne d’ailleurs de ce que Stevenson ne dise mot de ce qui devait déjà être une grande voie de communication, quand il l’a coupée pour rejoindre Le Bouchet.

J’aime qu’il existe encore des restaurants ouvriers, ou des « repas ouvriers » dans les restaurants tout court. L’appétit des clients pour ces repas qui tiennent au corps moyennant un coût modique, est-ce un signe des temps (de crise) ? Le patron du restau est motard, il connaît les Guzzi, la conversation ne sera pas difficile. Mais il a fini par vendre sa 500 XT, avec laquelle il faisait « 50 km par an ». J’ai un peu de mal à comprendre à quelle pratique cela correspond.

La musique, ininterrompue, c’est de la world comme on en entend partout, avec de l’autotune à tire-larigot. Dans un établissement comme celui-là, je trouve ça bizarre ; Jean Ferrat en quasi voisin, ou, mettons, Louane, ce serait plus raccord. Je n’ose en parler à l’ex-propriétaire de XT.

Seul dans le restau, je profite de l’espace (et d’être au sec : il pleut franchement maintenant) pour faire du rangement dans mon matériel photo et vidéo. Et m’aperçois que, sur la base des indications fantaisistes de l’écran, je vais être court de batteries pour mon APN (je n’en ai que deux). Bien sûr, pour gagner de la place, je n’ai pas pris le chargeur : il m’en faut encore un pour ma caméra, et un autre pour mon téléphone. Bonne occasion d’entretenir ma rage contre les fabricants de nos appareils nomades, infoutus de s’entendre pour nous proposer des chargeurs standards. Alors que ce serait si facile à faire !

On voit bien que je ne suis pas vendeur d’appareils nomades.

DCIM110GOPRO

Pour ma moto, ce long arrêt sous la pluie m’offrira une nouvelle preuve de ce qu’elle ne marche bien qu’à chaud. Disons : quand elle a atteint une minimale température de fonctionnement, qui impose de la faire chauffer deux à trois minutes avant de commencer à rouler. Cela va contre l’usage dominant et l’avis des « vieux mécanos », et c’est déplaisant, surtout pour l’entourage. Mais c’est nécessaire avec ce moteur.

Le Bouchet reconnaissant
Je quitte Costaros après avoir traversé la RN 88, pour continuer plein est.

Bientôt nous fûmes sur une grand’route et troublante fut ma surprise d’apercevoir un village de quelqu’importance tout proche. Car on m’avait raconté que le voisinage du lac [celui du Bouchet] n’avait d’autres habitants que des truites. La route poudroyait dans le crépuscule d’enfants ramenant au logis du bétail rentré des champs. (…) Je demandais à l’un des gamins où je me trouvais. Au Bouchet-Saint-Nicolas, me dit-il.

J’envoyai à tous les diables le lac et mon intention d’y camper et m’enquis d’une auberge.

DCIM110GOPRO

Dire que Le-Bouchet-Saint-Nicolas manque de charme est un aimable euphémisme. Mais la commune mérite un brevet de respectabilité pour la sculpture en bois, de trois bons mètres de hauteur, qui sur la place principale honore Stevenson et Modestine. Lesquels ont fait de cet endroit, donc, le terme de leur première étape.

DSCN3195_500

L’écrivain décrit longuement l’auberge du Bouchet, les gens qui l’accueillent, et les conditions pour le moins rustiques dans lesquelles il passe la soirée et la nuit (« La visite d’une énorme truie grognant sous la table et se frottant à vos jambes n’est pas un impossible accompagnement du repas »).

Je retiens surtout ces réflexions de la femme de son hôte, lorsqu’elle esquisse devant lui… ce qu’il écrira dans son livre à son retour !

“S’il y a des forêts ; des traits de mœurs ; ce que par exemple moi-même et le maître de la maison nous vous disons ; les beautés de la nature et tout ça.”
Elle m’interrogea du regard.
— C’est précisément ça, répondis-je. 

Moi qui, au niveau qui est le mien, ne fait à peu près rien d’autre (en particulier, je redoute toujours que quelqu’un dont je suis en train de noter les traits, les propos ou le comportement ne vienne lire par-dessus mon épaule), je suis impressionné par cette lucidité.

[à suivre…]

 

Voyage avec Stevenson dans les Cévennes
Transparent_2x14px 1 sur 4
Transparent_2x14px2 sur 4
Transparent_2x14px3 sur 4
Transparent_2x14px4 sur 4

zzz

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Notes
(1) La carte du Chemin de Stevenson a été empruntée à ce site, fort bien fait, d’un grand connaisseur des chemins… de Compostelle.
(2) Le programme des itinéraires culturels a été créé en 1987 par le Conseil de l’Europe (qui regroupe 47 pays) dans un esprit fondé « sur la culture, la connaissance de l’histoire, de la mémoire et du patrimoine communs aux Européens. Les itinéraires culturels européens surmontent les distances, les frontières et les incompréhensions ». Le Chemin de Compostelle a été le premier de ces itinéraires culturels.

Cet article, publié dans Récits de voyages, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Voyage avec Stevenson dans les Cévennes (2015). 1 sur 4

  1. expert38 dit :

    J’en ai jamais autant appris sur le Stevenson de ce voyage… et actualisé…
    Merci Jihel

  2. Papymoto dit :

    Dormi à Goudet à cheval et en 19… Acheté à manger au Bouchet St Nicolas, à moto !
    Souvenirs sympas.
    Bonne suite…

  3. askell dit :

    Excellent comme toujours. A suivre vite… Stevenson est parti du Monestier sur Gazeille mais qui se souvient que c’est de là que devait partir cette ligne de chemin de fer inachevée (jamais un seul rail posé) « la Transcevenole » voir ce site et ses superbes photos http://alex.agnes.free.fr/transcev.html

    • jihel48 dit :

      Merci Askell pour ce commentaire et ces informations. Dans l’épisode 3, à venir, Stevenson rencontrera plus au sud (à Chasseradès) les ouvriers travaillant aux études topographiques de l’actuelle ligne reliant les gares de La Bastide Saint-Laurent-les-Bains et de Mende. Cette portion de la « ligne de la Lozère », qui a eu raison du projet de Transcévenole, traverse ici les hauts plateaux, autour de 1 200 m, délimitant la ligne de partage des eaux (d’intrigants « tunnels », en plein champ, sont destinés à protéger la voie des congères, en hiver). Elle est considérée comme la ligne du toit de la France.

  4. mimi.lulu dit :

    J’adore, merci de ce rappel à Stevenson trop peu lu dans nos écoles.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s