La cavalière électrique

Filet Billet_685_bleu3_OKAlors que l’hiver s’accroche (le rascal !), gros coup de cœur, cette semaine, pour une motarde qui vient faire des étincelles dans le Panthéon de mes « filles à moto » Clin oeil2_h16. Photographe, voyageuse et passionnée d’art, parlant cinq langues, se disant « intriguée par les idées nouvelles et les technologies intelligentes », Trui Hanoulle est une Belge néerlandophone qui a déjà effectué de grands voyages à moto, en Europe, Asie et Afrique. Le dernier, entre la Belgique et Istanbul, fera date, parce qu’il s’est fait avec une Zero DS, le trail du constructeur américain de motos électriques (1).

Au boulot, mais pas que
Le piquant de l’affaire est que ce voyage s’est fait grâce à l’obstination du concessionnaire de Bruges, et contre l’avis de l’importateur pour l’Europe. Pour celui-ci, la Zero « n’est pas faite pour ça ». Sans doute, et on peut le comprendre, craignait-il la contre-publicité liée à une utilisation (et à une panne éventuelle) en dehors du réseau des distributeurs. Selon lui la « clientèle cible » de la moto, ce sont les gens qui s’en servent « pour aller au boulot », épicétou.

Trui Hanoulle, aka Elektrogirl, ne s’est pas laissée démonter. Après son essai initial de la moto, elle disait déjà qu’elle « n’était jamais descendu de quoi que ce soit avec un aussi large sourire » ; 7 700 km et 67 jours plus tard, elle en remet une couche en assurant que la Zero DS est pour elle « la meilleure moto de grand tourisme du moment » (2).

Elektrogirl3_348Elektrogirl ne renouvelle pas seulement, par le choix de son véhicule, un genre d’ores et déjà bien documenté, le voyage à moto. Elle le raconte dans une langue impeccable, en abordant toutes sortes de thèmes qui, s’ils sont des classiques de la littérature de voyage, gagnent toujours à être revisités et illustrés : « Pour moi, voyager, c’est tout d’abord ralentir. S’arrêter fréquemment, observer, vivre l’aventure, ressentir la liberté, bousculer les itinéraires, assumer la coïncidence et la sérendipité. »

La sérendipité, wat is et ?
C’est bien vu. Incidemment, ça m’oblige à flinguer un billet que je voulais consacrer à cette notion, apparue en France dans les années 80 et revenue dans l’air du temps avec la banalisation de l’Internet, mais c’est pas grave. Comme on sait (surtout si l’on a Wikipedia à portée de clic), la sérendipité est « le fait de trouver autre chose que ce que l’on cherchait ». Un exemple souvent cité est la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, alors qu’il cherchait à atteindre les Indes par l’ouest.

Cela se passait cinq siècles tout juste avant la naissance du Web. Aujourd’hui c’est sur le Web en effet, où la navigation prend facilement la forme d’une dérive, que chacun peut donner de multiples exemples de ces découvertes faites alors que l’on cherchait autre chose. Pourvu qu’il accepte d’éteindre son GPS et d’oublier un peu la carte, le motard en balade, curieux et pas trop pressé, fera lui aussi cette expérience – souvent de celles qu’on retient, des années plus tard.

Quant à cette motarde qui a si bien compris l’essence du voyage (si j’ose dire, avec une telle monture), on peut la suivre sur Twitter et Facebook avec le hashtag #elektrogirl, et aussi sur Instagram. Elle y publie de belles photos, et c’est de là que vient celle qui illustre ce billet.

Trui Hanoulle a également un blog, en anglais. Ne pas manquer cette étonnante vidéo (« Music Maestra ») où, sur une musique « correspondant à la nature de [son] voyage », la moto file dans une belle lumière de lever de soleil, avec un bruit réduit à un discret sifflement.

Autres articles sur les filles à moto
Elspeth Beard
Les filles à moto
Les filles à moto (2)
Masculin Féminin
La fée Mallender
Lettre à Karine
Tous pour Toutes en moto
La belle et la bête

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Notes
(1) « Voyage en moto électrique », MotoMagazine n° 325, mars 2016. J’emprunte à cet excellent article l’essentiel des informations de la 1ère partie de ce billet.
(2) Plus grande étape effectuée sur une seule recharge : 275 km. Coût réel d’une recharge complète en Europe de l’Ouest : 3,76 €, soit environ 1,30 € aux 100 kilomètres. Avec un câble de 10 m, Trui Hanoulle a pu recharger partout (et souvent gratuitement) la batterie de sa moto.

Cet article, publié dans Billets, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour La cavalière électrique

  1. Philippe dit :

    Très sympa (comme d’hab’) ce billet !
    Merci pour la présentation de cette fille originale.
    Je ne sais pas si je vais un jour réussir à replacer la sérendipité… ? 🙂

  2. Captain Bertie dit :

    Cher Jihel,

    A l’instar de Proust, qui disait écrire pour deux cents personnes, l’on ne peut pas dire que tu cherches à plaire : une moto électrique ! et une fille qui s’appelle Trui !!!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s