Dura lex, sed lex

Filet Billet_685_bleu3_OKEntre mars et novembre, je passe le plus clair de mon temps sur les routes. Et je passe ce temps-là (à 80 km/h avec mon ancienne moto, mais aussi à 90 avec l’actuelle), à me faire doubler avec 40 bornes de mieux par des excités au téléphone, à cheval sur la ligne continue. Je ne parle pas de l’usage du clignotant, de son non-usage, plutôt : il semble être devenu un accessoire, monté en option seulement sur certaines voitures, et il est clair qu’il a cessé d’être enseigné dans les auto-écoles.

Aujourd’hui je fais mon coming out : j’ose dire, même si ça n’est pas très glamour, que je suis quelqu’un qui globalement respecte le code de la route. J’aggrave mon cas : ça n’est pas par peur du gendarme ou des radars que je le respecte, mais parce que je pense que le code de la route, c’est bien. Pour moi, il fait partie de ces contraintes qui rendent possible la vie en société, et le fameux « vivre ensemble ».

Je sais, moi aussi, l’expression parfois m’énerve (un peu moins depuis une semaine, je dois dire). Sur la route, elle prend un sens particulier, le « vivre », surtout. Le code de la route ne sert pas qu’à embêter les gens, comme on l’entend trop souvent au Café du Commerce (d’ailleurs on ne l’entend pas comme ça), mais en l’occurrence à sauver des vies (1).

Pour toutes ces raisons, la réception du courrier ci-dessous a été ressentie par moi comme profondément injuste, voire surréaliste, tellement que cela m’a d’abord fait rire ! Un peu jaune quand même, oui.

Amende2_rec_net

J’ai tout de suite pensé à la lettre incendiaire (et inutile, sauf pour me faire du bien) que j’allais adresser à l’officier du ministère public qui passe ses journées à lire ce type de lettre. Elle a même commencé à s’écrire toute seule dans ma tête. Et puis je me suis calmé, et dit que, relativement à la limite qui ne doit pas être franchie, la loi doit s’appliquer, même à celui qui l’a dépassée d’un petit pas seulement. Sans cela, celui qui l’aura franchie de deux aura beau jeu de faire observer que ça n’est jamais qu’un pas de plus que celui qu’on avait précédemment absout pour avoir fait un pas de trop, et pareillement pour trois, quatre, etc. (N.-B. Si quelqu’un est capable de comprendre cette phrase, que je ne suis pas sûr de comprendre moi-même, qu’il veuille bien me contacter en privé pour recevoir son cadeau : une virile poignée de main IRL, dans un lieu à convenir).

Dit autrement : s’il y a 150 places sur le bateau, il est normal que la barrière se referme devant le 151ème. Même s’il râle en disant que bah, allez, un de plus ou un de moins, qu’est-ce que ça change, hein ? C’est quand la barrière reste ouverte que finissent au fond de la mer les ferrys en surcharge. Sur la route, cette rigueur qu’il est trop facile de dire absurde vient, que ça nous plaise ou non, avec l’automatisation, et nous vivons une époque moderne.

Finalement, dans cette affaire, j’aurai au moins appris quelque chose : ce que vaut 1 km/h, au pays des radars.
1 km/h = 90 euros + 1 point enlevé à mon permis + 1 sujet de billet pour mon blog.
😕

— Ce billet est dédié à la société Sagem, qui fabrique le Mesta 210 C, et à l’agent verbalisateur n° 100xxx.
— Suite à une refonte du back-office de WordPress et à une fausse manoeuvre de ma part, il a été publié par erreur le mercredi 18 novembre. Je l’ai supprimé aussitôt, mais il se peut que certains lecteurs abonnés en aient reçu la notification, avec un lien conduisant à une page vide. Je prie ces lecteurs de m’en excuser.

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Note
(1) Disons qu’il peut aider à sauver des vies. Pour comprendre, prenons le cas d’une voiture (d’une moto) qui respecte la limitation de vitesse en agglomération, et qui se trouve lancée à seulement 50 km/h à l’heure. A cette vitesse, un véhicule parcourt 14 mètres par seconde (13,89, mais on va pas pinailler). D’autre part, on considère que, pour un individu non alcoolisé et n’ayant pas fumé de l’herbe qui fait rigoler, le minimum de temps pour réagir face à un danger est de 1 seconde. Cela signifie qu’au moment où l’on saute sur les freins, on a déjà parcouru 14 mètres, et pas encore commencé à freiner, on est d’accord ? Entrent alors en compte l’état des pneus, celui de la chaussée, le nombre de pistons dont sont munis les étriers de freins, la qualité des plaquettes, la présence ou pas d’un ABS, l’âge du capitaine… De quoi s’inquiéter pour le gamin qui court après son ballon et ne vous a pas vu, ou pour soi-même quand une voiture vous coupe la route.
Les lois de la physique sont dures, mais elles s’imposent à tous.

Cet article, publié dans Billets, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Dura lex, sed lex

  1. Olivier Delong à Langres dit :

    Bonjour,
    je me reconnais tout à fait dans votre commentaire du code de la route, et, en toute modestie, j’avais compris le sens de la phrase du premier coup, signe qu’elle n’est pas si mal formulée, même si un peu « chantournée ».
    J’ai discuté jeudi dernier avec un minot de 20 ans pourtant pas idiot qui prenait systématiquement le contre-pied des règles du vivre-ensemble en général, et du code de la route en particulier. J’étais vraiment stupéfait par son discours anti-système et la théorie du complot anti-citoyen qui m’étaient servis. Y compris contre les principes de la lutte contre l’alcool au volant.
    Voir un jeune à qui, pendant sa récente formation de conducteur, on a expliqué le pourquoi et le comment de ces règles, les mettre systématiquement en cause m’a un peu questionné.
    Pour avoir assisté il y a quelques temps à des cours de code avec mes enfants, je trouve que l’enseignement dans les auto-écoles est plutôt bien amené.
    Quant à la logique de ces règles, elle paraît évidente, et d’ailleurs leur efficacité sur la morbi-mortalité routière est incontestable.
    Sur un plan plus général, la remise en question des règles de fonctionnement de la démocratie par des individus qui s’imaginent plus malins que les gens que nous avons élus me surprend toujours. Non que les élus soient tous à la hauteur, mais je pense qu’ils le sont collectivement. Grosso modo, la plupart des décisions nous concernant sont quand même prises par des gens soucieux de l’intérêt général (abstraction faite de la couleur politique, qui est d’ailleurs de plus en plus uniforme). Ce qui n’est pas toujours en ligne avec les intérêts particuliers…

    A part cela, merci pour le compte-rendu du Stelvio. Je pense que ce sera le but d’un prochain voyage.
    Et je n’ai pas encore terminé de lire tous les anciens billets et récits.

  2. P. Hamard dit :

    51 Km/h ?
    Encore une Royale Enfield bricolée!
    Attention à vous mon gaillard!
    signé l’agent verbalisateur N° 100XXX

  3. Etienne dit :

    Moi aussi j’ai pesté contre les (petits) 27 cm par seconde qui m’ont fait passer de l’honnête homme à l’infamant contrevenant, en omettant bien sûr comme il se doit que le flash avait été déclenché par mon passage fulgurant à 56 km/h qui au vu de la précision de mon compteur devait lui pointer le bout de son aiguille sur le 60, mais ça c’est normal j’étais devenu hors la loi !

Répondre à jihel48 Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s