Lozère. Au milieu de l’Aubrac

Filet Video_685_b_OKDans la liste de mes envies, il y avait cette année celle de filmer, du point de vue d’un motard, le Plateau de l’Aubrac depuis la D 52 Nasbinals ~ Col de Bonnecombe. Sur la carte Michelin Cantal-Lozère, cette route passe exactement au milieu de l’Aubrac : en fait, entre le « B » et le « R », on ne peut être plus au milieu ! Ainsi le dessinateur Fred jouait-il plaisamment de la confusion entre la carte et le territoire, en situant deux des aventures de son héros Philémon sur le « A » de l’Océan Atlantique. Celui de la carte, bien entendu (1).

Aubrac

Pour les cinéphiles, c’est près d’ici qu’est situé un épisode mémorable de 37°2 le matin. Avec cette adaptation du roman de Philippe Djian, Jean-Jacques Beinex signait son troisième long métrage, et son plus grand succès. Pour fêter les 20 ans de Betty (Béatrice Dalle), Zorg (Jean-Hugues Anglade), après lui avoir fait admirer le paysage et vanté l’agrément de la vie dans un buron, va chercher dans le coffre de la Mercedes jaune un gâteau d’anniversaire… dont les bougies sont déjà allumées ! Trop fort, ce Zorg ! On peut voir cette scène ici.

Ce film, sorti en 1986, n’a pas rien fait aux gens de ma génération. Et bien sûr, c’est ce film qui m’a donné envie d’aller un jour voir cet endroit.

DSCN3052_640

Mon équipée commémorative, le 7 août dernier, s’est… on ne peut plus mal passée ! D’abord, si ça n’était pas la canicule au sens de Météo France (dans l’Aubrac, à 1 200 m, les nuits restent… respirables), dans la journée à partir de 11 h, le soleil devenait rien de moins qu’un ennemi pour le motard transpirant sous son cuir vintage.

Vidéo improbable
Ensuite, ayant terriblement perdu du temps pour installer la caméra, et surtout pour tenter une nouvelle fois de trouver l’origine de ces bruits parasites rendant le son inexploitable (j’aurai gâché trois films avant de trouver l’explication), j’ai opéré beaucoup trop tard.

D’où, en plus de la chaleur, un soleil déjà bien trop haut dans le ciel. Bien sûr, je n’imaginais même pas en rêve avoir la lumière de Jean-François Robin pour le film de Beinex (« Nous étions très vigilants sur les horaires de tournage afin d’être sûrs d’avoir l’ensoleillement idéal », écrit-il dans son Journal de tournage. « Ainsi, certaines séquences devaient être tournées à des heures très précises, et un simple quart d’heure de retard aurait compromis l’esthétique du plan »), mais j’avais calculé qu’elle serait principalement latérale, ce qui menaçait d’être pas mal. A l’heure où j’ai filmé, j’ai, selon l’axe de la caméra, un gros contrejour (avec des couleurs saturées) ou une lumière plate, avec des couleurs délavées. Malgré mes laborieuses tentatives d’étalonnage, les raccords, du coup, c’est un peu n’importe nawak !

En troisième lieu, même avec le harnais (la meilleure option pour filmer avec une GoPro) et les excellents amortisseurs EMC dont ma moto est maintenant équipée, l’image bouge vraiment beaucoup, tant la route est défoncée.

Enfin, et ceci n’est pas sans rapport avec cela, j’ai dû faire demi-tour à moins d’un kilomètre du Col de Bonnecombe, mon but initial. La raison ? La pose d’un nouveau revêtement sur la route. Ca ne lui fera pas de mal, à cette route, on le comprendra en voyant les images. Mais comme depuis le mois de juin je suis persécuté par le goudron fondu traité à grandes pelletées de gravillons hostiles, que je commence à saturer avec ça, et d’autre part ayant été briefé de façon ambiguë par l’aimable agent de la DDE qui m’a arrêté (« Si vous pouvez passer ? Heu, je sais pas trop quoi vous dire. C’est vrai qu’en moto… », fin de citation), je n’ai pas voulu m’aventurer dans l’épaisse couche de goudron frais en train d’être étalée devant moi par la machine occupant toute la largeur de la route. D’autant que, partant ensuite vers le nord, j’avais prévu de faire demi-tour au col !

D’abord les paysages
Résultat des courses : une vidéo montée sans le son synchrone (j’ai renoncé à une fastidieuse post-synchronisation avec des sons pris dans d’autres vidéos, voire refaits pour la circonstance, comme pour Une traversée du Trièves), et pour une fois tout en fondus-enchaînés, l’habituel cache-misère. Mais quand même : à cause de l’absence de son diégétique (le procédé est connu), cette vidéo rend peut-être quelque chose de l’effet hypnotique, je n’ai pas dit « soporifique », que créent ces paysages admirables, uniques, et bien plus variés qu’il n’y paraît (2). Je me suis fait aider pour cela (le côté hypnotique) par la musique que joue elle-même sur le hang, dans le film My Sweet Pepper Land, la belle actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani.

> Sur la Lozère à moto, voir aussi
Rossi, la Lozère, et moi
Des yeux de miel
Lieux depardoniens
Goes like a Bullet
Au Mont Lozère
Traversée du Causse Méjean
Causse Méjean ~ Gorges du Tarn

HD 720p
Les recommandations relatives au visionnement des vidéos de ce blog sont désormais regroupées dans la FAQ > Sur les vidéos.


Notes
(1) Fred, Le naufragé du « A », 1972 ; L’Arche du « A », 1976.
(2) Je rappelle que la principale, voire la seule ambition de mes vidéos est de montrer des paysages, que j’ai plaisir à partager.
Par ailleurs : au cinéma, est diégétique « tout ce qui est censé se passer, selon la fiction que présente le film » (Etienne Souriau). Soit tout ce qui est « réaliste » par rapport à ce qu’on voit à l’écran. Par exemple, et pour s’en tenir au son : les informations données à la radio mise en marche par un personnage, le bruit de ses pas, ou celui du moteur de sa moto. A l’inverse, la « musique de film » est le plus souvent non-diégétique.

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5 commentaires pour Lozère. Au milieu de l’Aubrac

  1. franck dit :

    Salut jean louis ! la Lozere ! on aurais pu se croiser on etait a Meyrueis la premiere semaine d’aout, effectivement grosse chaleur !!

    Felicitations pour ta nouvelle moto ! Merci pour toutes ces balades et tes recits toujours aussi agreables a lire !!!

    Bonne route a toi ! Cordialement.

  2. Arno dit :

    Désolé mais la lumière est très belle. Normal en Aubrac.

    • jihel48 dit :

      Merci Arno. C’est vrai que la lumière est belle en Aubrac, et c’est bien pourquoi j’aurais aimé faire mieux. Bon, ce sera pour la prochaine fois. D’autant que, comme la route a été refaite, la caméra devrait être moins parkinsonienne. sourire

  3. aline12 dit :

    Bonjour, je pense plutôt que la scène du film a été tournée près du lac de Saint Andéol, et que le buron serait celui de cap Combattut. Ceci dit, je partage votre point de vue sur La Lune et les environs (il y a aussi Les pierres des malades) qui sont très photogéniques.

    • jihel48 dit :

      Bonjour Aline. Hum, votre pseudo m’incite à penser que votre parole sur le sujet doit être autorisée. Je viens de modifier ma formulation. Merci.

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