Les dessous pas chics

Filet Billet_685_bleu3_OKÀ la différence de ceux que chante Jane Birkin (1), je n’aime pas voir les dessous d’une moto. Une moto est faite pour être vue en train de rouler, ou sur l’une de ses béquilles (elle est toujours plus jolie sur la centrale). Les dessous d’une moto, les constructeurs ne s’y intéressent pas : c’est plein de tuyaux d’échappement vite corrodés (voire de ces hideuses « marmites » de tranquilisation des motos récentes), de carters moteur repeints au goudron et à la graisse de chaîne, de tubes en caoutchouc déversant leur trop plein… Mais surtout, quand on voit les dessous d’une moto, c’est qu’elle est par terre.

En ville, ça peut être parce qu’un crétin dans sa caisse a déboîté sans l’avoir vue arriver (« Mon clignotant ? Bin, ch’pouvais pas le mettre, mon clignotant : j’étais en train de téléphoner ! ») On peut dans ce cas s’en tirer avec des égratignures et quelques insultes bien senties, assorties, le cas échéant, d’une petite séance de bourre-pif. Mais ça coûte, aussi : même à rien à l’heure, une chute, avec certaines motos, c’est pas donné. 

Sur la route, c’est un autre film. Dans le bas de ce petit col des Baronnies semblable à plein d’autres, la RT était sur la centrale au beau milieu de la chaussée, warning en marche, et la grosse FJR, juste derrière, me montrait ses dessous. On voyait sur le bitume les traces de la longue glissade.

DSCN2391_h310Un gars braillait dans un téléphone, et la femme, à côté de lui, répétait en boucle, l’air absent : « Je comprends pas, on descendait tranquil-lement… »

Bien sûr, je me suis arrêté pour demander si je pouvais faire quelque chose (encore que, à part passer mon portable quand le leur n’aurait plus de batterie…) À mon insistance, elle a fini par répondre que les pompiers arrivaient. C’est alors que je me suis aperçu qu’il y avait une troisième moto dans le ravin, vingt mètres plus bas. Cramponné aux buissons, un type tentait de parler à quelqu’un.

De la troisième moto, on ne voyait que les dessous.

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Note
(1) Jane Birkin, Les dessous chics, paroles et musique de Serge Gainsbourg, 1983.

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2 commentaires pour Les dessous pas chics

  1. GIRARD Alain dit :

    Ca fait froid dans le dos ton histoire !

  2. Le genre de trucs qu’on n’aime pas trop lire mais qu’il faut quand même publier car si ça peut contribuer à rendre les gens plus attentifs sur la route, c’est tout ça de gagné…

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