Dans la cour de l’école

Filet Billet_685_bleu3_OKC’est un morceau de trottoir, toujours le même, qui me tient lieu d’atelier, et c’est là que je bricole sur ma moto. Comme je me le suis approprié, j’ai eu bien souvent envie d’écrire sur le mur, avec un gros feutre, « Place de ma mob’ », comme sur la pochette de l’album de Renaud Laisse béton. Mais les graffitis y sont recouverts chaque semaine par des employés municipaux-Sisyphe.

DSCN2840_394Alors j’ai écrit sur le mur dans la photo, avec Photoshop. Ca durera plus longtemps. Juste à côté, il y a une école maternelle. Pendant la récréation, c’est le même bruit de fond que dans toutes les autres, traversé de ces mêmes cris stridents que produisent les enfants quand ils jouent à se faire peur.

Quelques centaines de mètres plus loin, c’est la « grande école » (l’école primaire), où se retrouvent quelques années plus tard ceux dont les cris ont accompagné mes séances de mécanique. Quand je passe devant à pied et que c’est la récréation, il m’arrive de m’arrêter, parce que je trouve le spectacle – sorte de mouvement brownien – fascinant. Surtout, j’ai l’impression que ce sont toujours les mêmes scènes qui s’y déroulent (peut-être depuis Jules Ferry ?), et que ces mêmes scènes ont lieu quelle que soit l’école, à la ville comme à la campagne. Seule différence : à la campagne, les écoles sont plus jolies.

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Dans la cour de l’école, c’est le festival des stéréotypes. Il y a :
— autour du leader de la classe en train de pérorer, le petit groupe d’admirateurs/trices dont les regards sont tournés vers lui ;

— le groupe des garçons qui ont mis deux petits tas de vêtements par terre pour figurer la cage, et qui enchaînent les tirs au but en invoquant bruyamment Zlatan et Karim ;

— les bonnes copines, qui inlassablement sautent à la corde (1). Elles sont généralement trois, preuve qu’elles ne manquent pas de sens pratique.

Et puis il y a une petite fille toute seule, un peu en retrait, que les bonnes copines n’invitent jamais à sauter à la corde. Elle a des habits sombres (quand les autres sont parées de couleurs vives), des lunettes à monture « Sécurité Sociale », elle n’est pas très bien coiffée. L’air grave, elle serre contre elle un dossier où elle a rangé les documents qu’a distribués la maîtresse (les autres élèves les ont déjà perdus). Elle les regarde longuement, les classe et les reclasse, on dirait qu’elle les apprend par coeur.

Déjà, elle a compris qu’elle devra compenser son manque de popularité par ses résultats scolaires. J’espère qu’elle va y arriver.

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Note
(1) « Tu peux sauter à la corde comme ça pendant combien de temps ? »
Me décochant un regard à l’éclat un peu surnaturel, elle me lança :

« Mille ans, peut-être ! »
Denis Grozdanovitch, Brefs aperçus sur l’éternel féminin, 2006.

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4 commentaires pour Dans la cour de l’école

  1. franck dit :

    J’etais tranquille j’etais peinard… Merci pour ce clin d’oeil !!!! Toujours aussi agreable de te lire !!!

    Cordialement

  2. C’est bien écrit. Ont a l’impression d’y être 🙂 Elles ont l’air bien sympa vos cours d’écoles, en France.
    On dirait que la vraie vie y règne encore son plein droit.
    Ici à Toronto, quand tu passes près d’un établissement scolaire, la foule des écoliers et étudiants y est figée, Tellement calme, tranquille, apathique. Ici, pas de saut à la corde, pas de cris, pas de mot plus haut que l’autre. Pas de bagarre non plus, pas d’émotion, ni de passion. Même chez les petits. Peut-être parce qu’en Amérique du Nord, quand un enfant court, rit aux éclats et grimpe aux arbres on le catalogue immédiatement d’hyper actif et on le muselle à la ritaline. Mais pas seulement. Il y a un autre truc qui, tel un vampire, suce cette belle turbulence de l’enfance : le « smart » phone, greffé en permanence à leur paume et leur cervelle, tel un bracelet de prisonnier.
    Ça me rassure de lire que dans ta ville, les cours retentissent encore de cette belle énergie 🙂
    Passe un beau week-end sur ta belle bécane, Mr Biker.

  3. Dan11 dit :

    Récit très sympathique 🙂

  4. Etienne dit :

    Vive l’interdiction des téléphones ! Ils s’amuseront plus avec une ficelle et deux pots de yaourt…

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