Italie. Le silence de l’agneau (2014). 1 sur 2

Filet Recit_685C’était décidé : cette année, pendant ma saison préférée, j’irais au Stelvio. J’avais soutiré quelques bons plans à des proches, piqué ceux du dernier RoadTrip (le dossier du n° 25 y était justement consacré), découpé mes étapes à 80 km/h, et même mis la première dans mon GPS.

Puis les choses ont commencé à partir en vrille. Météo détestable, rendez-vous obligés, trucs qui coincent et atermoiements divers. Compte tenu du temps qu’il me faut pour y arriver, j’allais avoir la pression, et je déteste ça (le col est accessible « de juin à septembre »). Alors exit le Stelvio. De toutes façons, il reste à mon programme… pour un prochain mois de juin : quand les prairies sont en fleurs, et qu’il reste de la neige pour faire joli sur les photos. Puis il faut bien que je me garde du grain à moudre.

Mais l’envie de (haute) montagne était bien là. Et je me suis avisé qu’à une petite journée de moto de chez moi, on était au pied du Col Agnel (2 744 m, soit 14 m seulement de moins que le Stelvio !), pas un vilain endroit non plus, et marquant la frontière avec l’Italie, de surcroît. Et zou, les sacoches remplies de trucs divers, et mon sac polochon de quelques fringues, me voilà sur la D 1091 qui mène à Briançon, avec un ciel bas et lourd et un air frisquet pour entamer le dernier jour de l’été, alors que la météo claironnait qu’il allait faire beau aujourd’hui et demain. Promis-juré.

*

22 septembre 2014. Grenoble ~ Molines-en-Queyras (171 km)

Faux départ
Après les toujours trop longs préparatifs de chargement de la moto et de mise en route, je finis par m’élancer, à bientôt 11 h – c’est une étape courte aujourd’hui. A peine passé le coin de la première rue, quelque chose m’alerte (ralenti trop bas et moteur qui cale), en même temps qu’une forte odeur d’essence et une sensation de fraîcheur inhabituelle dans ma jambe gauche. Je m’arrête. Damned ! La durite d’essence, côté pompe, est presque entièrement débranchée, et l’essence dégouline sur le moteur. Ayant été durablement traumatisé il y a quelques années pour avoir conduit chez le concessionnaire une moto en train de prendre feu, je fais illico demi-tour en direction du coin de trottoir qui me sert d’atelier, en croisant les doigts pour que le moteur soit encore « froid ». Sans même me déséquiper, je sors un petit tournevis, défait le serflex et remets en place durite et collier, en deçà du renflement destiné à éviter ce genre d’incident.

Le tout m’aura pris cinq minutes, inclus l’aller-retour chez moi pour aller laver mes mains parfumées au SP 98. Sous l’œil goguenard d’un type qui attendait là sa petite amie (ça lui aura fait une distraction).

Google_Iti2014… et vrai beau temps
A l’échéance de 24 ou 48 h, je fais confiance à la météo de mon pays. Et je fais bien. Passé Livet-et-Gavet, les premières trouées de ciel bleu sont bien là. La maison extraordinaire qui a été en 2000 l’un des décors du film Les rivières pourpres, de Mathieu Kassovitz, aussi (1). Mais elle est moins visible depuis la route, qui maintenant passe à l’écart du village, pour le plus grand bien des skieurs se rendant dans les stations, c’est fait pour.

Livet-et-Gavet_h640_sb

Un coup d’œil en traversant la Romanche, près du monument aux Maquis de l’Oisans, sur les travaux cyclopéens du nouvel ensemble hydroélectrique « Romanche-Gavet », c’est le plus gros chantier hydroélectrique de France. Cette centrale souterraine est destinée à remplacer les six centrales existantes, en « restaurant la continuité hydraulique et piscicole sur la Romanche », dit EDF. Me voilà rassuré. Quand j’arrive à Rochetaillée peu après, passé le large virage à droite, le ciel est tout bleu. Il le restera jusqu’à demain soir.

Sans traîner j’attaque, c’est façon de parler, la montée vers le barrage du Chambon, en me réjouissant comme d’habitude de la chance que j’ai de pouvoir rouler en semaine et hors-saison. Sur cette D 1091 si fréquentée qu’on en oublierait presque comme elle est belle, je ne verrai quasiment personne. Pique-nique au bord de la Romanche, face aux cascades qui dégringolent en rive gauche, et près d’un gros rocher qu’une plaque pyrogravée dédie « A Maurice », sans que rien n’en dise la raison.

Il faut prendre encore de l’altitude pour que l’automne commence à mettre sa marque dans le paysage. Après Vilar-d’Arène, quelques taches brun-doré en mosaïque rappellent qu’il sera là demain.

Briançon, 300 jours de soleil par an
La belle descente vers Briançon se fera toujours aussi tranquillement (pas mal de motards au Lautaret quand même), et sous le soleil comme il se doit. Toujours à cause de la circulation dérisoire, j’apprécie comme rarement le long pensum de la traversée de Serre-Chevalier et de toutes ses déclinaisons.

Lautaret

Essence dans le bas de Briançon, direction Embrun. Pas mal de motos, les voitures de rares touristes, des Vitos et Ducatos d’artisans au taf. D’une petite voiture italienne que personne n’avait remarquée sort, pour aller payer, la conductrice. C’est une liane aux longs cheveux qui n’a pas plus de 20 ans, et se dirige vers la caisse d’un pas élastique. Elle doit mesurer 1 m 75, dont 1 m 20 de jambes. Avec sa tenue d’aérobic, genre, elle est bien plus sexy que si elle était toute nute. D’un coup le silence se fait dans la station et les regards convergent, en même temps que les langues s’allongent vers le sol, comme celle du loup dans un film de Tex Avery. Sûr que pas mal de réservoirs ont dû déborder.

Depuis toujours la superbe route du Col de l’Izoard se mérite, ici, tant son accès est merdico-compliqué. Aujourd’hui plus qu’hier, à cause de travaux en ville qui font qu’on doit aller la chercher encore plus loin.

Montée tranquille. Je suis suivi un long moment par un motard suisse en 650 GS avec d’énormes valises, qui ne semble pas plus pressé que moi. Il finit par me doubler, avec un grand geste sympa, pouce gauche levé. Arrive ensuite une meute de GS (1200 celles-là, dernier modèle) et grosses KTM avec sur elles la moitié du catalogue de Touratech. Je dénombre en prime trois ou quatre GoPro sur les casques. Des Belges, sympas eux aussi eu égard à leur façon de me doubler, et en partance pour le désert du Ténéré ou celui de Namibie, je suppose. J’ai droit à nouveau à quelques pouces gauches levés, avec quelle autre moto pourrait-on en dire autant ? (Je précise que c’est bien le pouce qu’on lève en me doublant.) Mais je remarque que si ces monstres de puissance s’arrachent fort entre les épingles, ils ne les passent pas plus vite que moi. Bon, je dis ça, c’est histoire de parler. 🙂

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Un thé sous les mélèzes
Pause-thé un peu avant l’Auberge Napoléon, c’est à dire juste avant le col, sous les mélèzes et sur ces « pelouses » qui sont une invitation à la sieste. C’est le départ du « Sentier de la Mule », ça serait bien de venir marcher par là un jour, avec ou sans mule. Devenues pour moi un rituel, ces pauses-là, je les apprécie de plus en plus (je crois que j’apprécie de plus en plus les pauses en général !) Le petit coup de fouet que donne le thé brûlant remet les idées en place, et fait s’envoler la fatigue. Surtout, par rapport à celui qu’on boit dans un café (généralement mauvais), ce thé-là, on s’arrange pour le prendre dans les endroits les plus beaux, et cela ajoute aux bienfaits de la pause.

Il est passé 17 h, le soleil descend vers la ligne de crêtes qui le cachera bientôt, et les ombres s’allongent doucement. Grâce ou à cause du vent du sud (qui amènera la pluie dans 48 h), il fait doux, d’une douceur qui vous poigne, comme disait Barthes. Parce que cette douceur de l’automne qui vient conduit vers la mort, vers laquelle on va maintenant plonger jusqu’au solstice d’hiver. Je parle de celle de la nature, hein, j’entends m’en tenir à celle-là pour encore quelques temps.

Une fois encore (ça devient lassant), je mesure ma chance de pouvoir profiter d’un jour comme celui-là. Peu de touristes en voiture, à peine plus en moto. Si : un groupe de roadsters sportifs s’annonce dix bonnes minutes à l’avance, leurs « pilotes » prenant audiblement plaisir à amener au rupteur leurs 4 cylindres dotés d’échappements homologués au Zimbabwé. Ca doit être un nouveau signe de vieillerie, mais je commence à les trouver pas drôles (en plus, comme les gros trails de tout à l’heure, ils vont même pas vite dans les virages…)

My beautiful picture

Dans la Casse Déserte, parce qu’il commence à se faire tard et surtout parce que je connais ces lieux par cœur, je ne prends pas de photos. Maintenant je le regrette, alors je suis allé en chercher une d’il y a deux ans. Parce que j’aime bien ce témoignage de l’étonnante « popularité » de ma moto (si je pouvais être seulement dix fois moins populaire…), et aussi pour que le lecteur, au passage, comprenne pourquoi j’ai remplacé ceux d’origine par un rétroviseur « rétro » (!) en bout de guidon : j’en avais assez de photographier/filmer mes rétroviseurs, justement. Pas sûr que, pour ce qui concerne la surveillance de mes arrières, ma sécurité y ait gagné. Mais il faut savoir ce qu’on veut, dans la vie.

Saint-Véran
Les motards connaissent bien Saint-Véran, capitale du Queyras, et plus haute commune de France (2 042 m, soit à quelques mètres près celle du Col du Lautaret). Les plus courageux s’y rendent en hiver, brrrr, pour participer au Rassemblement des Marmottes, initialement organisé par Pierre Vedel.

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Après avoir posé mon barda à l’hôtel dans le village situé juste en dessous, à Molines, je monte jouer les touristes dans ce beau village qui n’a contre lui que d’être victime de son succès. Excursion dispensable. Mais aujourd’hui je n’en croiserai que deux autres (touristes), dans la rue principale où s’alignent artisans de tradition, vieilles maisons garanties « authentiques » et agréablement restaurées, et vieilles maisons authentiquement « authentiques » qui menacent ruine.

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Ces maisons traditionnelles adaptées à la vie montagnarde (c’est le contraire qui étonnerait) ont un rez-de-chaussée en murs de pierre de 50 à 70 cm d’épaisseur, que se partageaient hommes et bêtes, ces dernières étant partiellement affectées au chauffage central. La partie supérieure, belle et parfois spectaculaire, appelée fuste, est faite de troncs d’arbres empilés et croisés aux angles, avec un toit de bardeaux en mélèze. Le bâtiment principal est généralement relié à un plus petit en pierres couvert de lauzes appelé « caset », nom encore très fréquent dans la toponymie, et dont beaucoup ont été reconvertis en gîtes d’étape ou de vacances.

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On trouve aussi dans la rue principale toutes sortes de documents pédagogiques destinés à informer sur tout cela le touriste (et le motard blogueur, qui vient de les utiliser), et lui rappeler que la vie à Saint-Véran, dans le temps, c’était pas une sinécure. Je veux bien le croire.

Pour le moment, j’admire et apprécie quant à moi que la position élevée du village le fasse encore bénéficier de la lumière du soleil, quand le fond de la vallée par où je suis venu est déjà depuis longtemps dans l’ombre.

Ayant fait le plein de photos entre lesquelles je me réserve de faire le tri plus tard, je replonge dans la vallée jusqu’à l’hôtel où m’attend, en guise de plat principal (c’est une soirée « spécial fromage ») un délicieux « Montberger », sorte de gratin à base de fromage local, crème fraîche et pommes de terre. On en trouve des variantes dans tous les pays de montagne, certes, mais cette variante-là est délicieuse.

Une douzaine de retraités se régalent, tout comme moi. Dont cette dame, à côté de moi, en séjour ici pour randonner en solitaire. Pas si fréquent. Musique pour vieux : Goldman ; accordéon ; Era (tiens, je les avais oubliés, ceux-là. Il faudra que je les essaye dans une vidéo).

 

23 septembre 2014. Molines-en-Queyras ~ Jausiers (218 km)

[La route du Col Agnel étant fermée en hiver, il m’est impossible de faire figurer ici, dans Google Maps, l’itinéraire du jour.]
L’hôtel « Le Chamois », à Molines, est un Relais Motards, et une bonne adresse. J’y fus bien accueilli, ai agréablement mangé, la moto a dormi à l’écurie, et l’addition est dans la moyenne. Comme toujours je l’avais choisi pour son emplacement sur mon itinéraire, qui ne pouvait être plus judicieux, puisqu’exactement au pied du Col Agnel (Colle dell’Agnello, le Col de l’Agneau dans la langue de Nanni Moretti).

Au royaume des marmottes
Un peu avant 9 h, je traverse le hameau de Pierre-Grosse et me dirige vers le col, plein est, c’est à dire avec la certitude d’avoir le soleil dans les yeux (et dans la caméra, surtout !) pendant toute la montée. Le moment est, comment dire, magique. Une nouvelle fois, je m’en veux de n’être pas plus original, mais je ne saurais mieux dire : la montagne est en majesté, le soleil rapidement réchauffe l’air et le motard frileux, je suis tout seul dans cette vallée qui me conduit vers l’un des cols les plus hauts d’Europe, et vive la vie. Assez vite je dépasse un cycliste, chargé comme une mule, avec des sacoches partout. Je sais bien qu’on ne fait pas le même voyage, mais je lui adresse un petit signe, je ne sais ce qu’il en a fait. Dans toute la montée j’ai aussi croisé une voiture, épicétou.

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Alors que je fixe au loin la silhouette de vaches alpinistes accrochées dans la pente, un mouvement sur ma gauche me fait sursauter. C’est une demi-douzaine de marmottes que j’ai dérangées, et qui, sans trop se presser, vont se mettre à l’abri. Comme à plusieurs reprises dans la journée, ces emblèmes de la montagne et de la vie sauvage se montreront étonnamment familières. « C’est parce que les touristes leur donnent à manger », m’expliquera ce soir la patronne de l’hôtel, et il y avait du reproche dans sa voix. Bin oui, si les animaux sauvages prennent l’habitude d’être nourris par les hommes, comment ils vont se débrouiller dans la struggle for life de leur vraie vie, mmm ?

J’apprendrai plus tard que les marmottes sont en effet nombreuses dans le Queyras, où elles constituent un mets de choix pour l’aigle royal, ce qui expliquerait la forte densité ici de ce rapace. J’ignorais cela alors, du coup je n’ai pas bien regardé ce qui volait au-dessus de nous (nous = les marmottes et moi). Je le regrette. Je n’aime pas grand chose comme voir voler un aigle royal (par exemple dans le Verdon, depuis la Route des Crêtes). Densité forte du rapace, mais encore insuffisante semble-t-il : en 2012, l’Association foncière pastorale de Saint-Véran, proche de la mairie, a « posé un contrat » sur la tête des marmottes, jugées excessivement proliférantes : 20 euros par animal tué ! Il s’agissait, par un certain nombre de prélèvements, de contrer les effets du fouissage et des tumulus dans les prairies de fauche, qui « cassent les machines » (2).

Bin, les efforts conjugués de l’aigle royal et du militant de base de l’Association foncière pastorale de Saint-Véran ne se sont pas montrés bien efficaces, et on est vraiment ici au royaume des marmottes. Pourtant, on n’en verra pas sur mes photos : avec ma caméra, je photographie en time lapse, c’est à dire par séquences, à raison d’une image toutes les deux secondes. Ca fera beaucoup, au final, mais conformément aux enseignements de ce bon vieux Murphy, ça ne m’empêche pas de rater la plupart des choses intéressantes. Par exemple cette marmotte qui traverse tranquillement la route, à cinq mètres devant moi. Vision tellement incongrue que j’en reste coi. A votre avis, la caméra était sur « on », ou sur « off », à ce moment ?

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Le silence de l’agneau
En montant je constate avec surprise qu’on continue de célèbrer ici, à grand renfort de peinture blanche sur la route, le souvenir de Marco Pantani, mort il y a dix ans ! (je reviens là-dessus dans la 2ème partie de ce récit). Arrêt juste avant le col, près d’une cabane d’informations. Le « Géoparc » où je me trouve témoigne de l’histoire des Alpes, et de cette période où un continent unique (Pangée) s’est déchiré pour donner naissance aux différentes plaques tectoniques. Les Alpes sont nées, comme on sait, de la collision entre les plaques européenne et africaine, il y a environ 600 000 ans. A l’échelle des temps géologiques, c’était hier.

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Vide de tout occupant, une seule voiture est visible alentour quand j’arrive au col, qui est aussi la frontière avec l’Italie. Droit devant, sous ces voiles nuageux très esthétiques, Cuneo, et à 120 km à vol d’oiseau, la Méditerranée. Sur la gauche et en enfilade, le Pain de Sucre, le bien nommé, et le Mont Viso, 3 841 m.

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Je suis tout seul. Pas un bruit alentour, on dirait que les marmottes se sont donné le mot pour me laisser profiter du silence de ce moment. Il y avait peut-être le bruit du vent, mais ce bruit-là, on le sait (comme celui d’une goutte d’eau ou le tic-tac d’une horloge), ne sert qu’à renforcer la sensation de silence.

J’ai bien fait de profiter de ce joli moment, car il ne dure pas. Un camping-car arrive, puis deux autres, puis ce cycliste, qui semble aussi épuisé qu’heureux. Tellement qu’il grimpe sur la borne marquant la frontière Italie-France, et demande à un compatriote d’immortaliser pour lui ce moment, en lui tendant son iPhone (il réclamera une bonne dizaine de photos !). Sournoisement je m’approche, l’air du badaud admiratif de l’exploit (ce qui n’est pas faux), mais juste avant j’ai démarré la caméra. Bien sûr, mes images sont volées. Mais il n’y a nulle ironie dans mon intention, et je trouve la scène plutôt émouvante. Si j’étais capable d’en faire autant, je demanderais sûrement à quelqu’un de me photographier à cet endroit, moi aussi. Peut-être pas dix fois, d’accord.

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Des photos j’en fais plein, du paysage, de la moto, de la moto dans le paysage, avec la GoPro, avec le Nikon. Quand j’ai l’impression (fausse, bien sûr) de n’avoir plus rien de visuel à engranger, je m’engage dans la descente…

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… pour m’arrêter après deux kilomètres, charmé par ces trois ânes qui se sont délimité un territoire à l’écart des vaches et qui, bien qu’assez loin, semblent s’intéresser à moi autant que moi à eux.

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Mi piace il caffè
Sur un filet de gaz je me laisse glisser dans la valle Varaita, croisant quelques rares voitures de touristes, et quelques motos. Le hameau de Chianale, avec ses vieilles maisons et ses toits en écaille, où l’on fait paraît-il une polenta et des ravioles excellentes (mais il est un peu tôt pour tester), comme d’habitude me semble désert. Comme en France, on est entrés ici, ce premier jour de l’automne, dans la terrible « intersaison », et cette impression, je vais la retrouver pratiquement partout.

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Au début du lac formé par le barrage de Castello, j’avise un bar-restaurant avec une immense terrasse surplombant le lac, la mention « Aperto » bien en évidence sous le nom du bar (l’Aury’s Bar, un nom bien italien). Voilà qui me va, pour renouer avec cette vieille habitude d’amateur de café à qui l’Italie a tout pour faire plaisir. Brèfle, comme le bar est en contrebas et un peu loin de la route, je ferme la moto, démonte mon GPS (c’est très vite fait, et c’est bien mon problème), et je descends vers le lac et un café dont je me délecte déjà. Pour un bar aperto, celui-ci est étrangement désert. Il y a bien un type sur la terrasse, mais il s’éloigne à mon approche, en jetant de brefs coups d’œil derrière lui. Ma, che cosa succede ? Je pose mon barda et m’étale au soleil, pour attendre… Rien ne vient. J’en déduis que le propriétaire a oublié hier d’enlever la pancarte « Aperto » pour prendre sa journée de RTT.

DSCN1978_h460Bah, tant pis, je m’en remettrai. Le café, je le prendrai dans l’un des villages suivants, Torrette je pense. Un peu avant, je m’arrête à Caldane pour photographier la façade peinte a fresche d’une église. A gauche de l’entrée, on a fait figurer sur une plaque le nom des généreux donateurs, et le montant de leur contribution. Habile manière d’aider Dieu à reconnaître les siens.

Le café de Torrette est doté d’une pompe à essence. Ainsi est fidélisée une clientèle, qui aujourd’hui n’est faite que d’habitués. Tous visiblement retraités, et dont la pension ne leur permet que de se trainer dans des épaves roulantes. Tous sont aimables avec ce francese dont le crâne brille au soleil, sur la terrasse, et qui est arrivé avec une drôle de moto. Le patron en premier lieu, qui semble apprécier les efforts que je fais pour m’exprimer en italien. Son café n’a pas l’excellence que j’attendais (peut-être que j’attendais trop ?), mais au moins ne coûte-t-il qu’un euro, ici comme ailleurs en Italie.

Cela me rappelle amèrement qu’en France, le café à un euro, l’une des « compensations », avec la création d’emplois, que les cafetiers-limonadiers promettaient en 2009 en échange d’une baisse de la TVA à 5,5 %, n’avait été qu’une blague aussi vaste qu’éphémère.

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Je suis bien sur cette terrasse, à laisser mes os se réchauffer en faisant durer mon café à un euro, et à écouter ces vieux montagnards. Ils sont heureux de se retrouver, et s’interpellent de manière fort drôle, dans cette langue dont j’aime toujours autant la musique.

Sampeyre est sans reproches
J’arrive à Sampeyre vers 11 h 30. Dans cette jolie petite ville, un jour où l’on remontait vers le Col Agnel avec mon jeune frère, on avait voulu avant de quitter l’Italie s’offrir, non un plat, mais un repas de pâtes. Ainsi fîmes-nous : de la salade au gâteau, tout le repas était fait à base de pâtes. Et tout était délicieux, d’autant qu’arrosé d’un bon petit vin adapté. Un bon souvenir, rendu encore plus marquant par le fait qu’au Col Agnel, la neige nous attendait…

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Sampeyre était le moment-clé de ce voyage, car je voulais tenter de remonter par le Col de Larche sans descendre jusqu’à Cuneo, ville qui n’offre au motard de passage qu’un intérêt limité, et dont l’approche est interminable. Soit combiner quelques-unes des improbables petites routes blanches du massif de l’Argentera (le Mercantour italien), qui permettent de retrouver la route du Col de Larche à Demonte.

Juste avant Sampeyre, j’ouvre sur le GPS le fichier « Demonte par petites routes » préparé avec GoogleMaps, mes petits doigts musclés, et le script de GMap2xxx (précisions dans la 2ème partie de ce récit). Comme pour m’indiquer la bonne route, un couple de motards allemands en GS et chépakoi prend sous mes yeux la route d’Elva. J’ai dans l’idée qu’ils vont faire le même parcours que moi.

 

[à suivre]

Italie. Le silence de l’agneau. 2 sur 2

Filet_Note_Billet_Gris3_h10 Notes
(1) Livet-et-Gavet. Maison Charles-Albert Keller (photo d’origine Wikipedia).
(2) Informations recueillies à… La buvette des alpages.

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Un commentaire pour Italie. Le silence de l’agneau (2014). 1 sur 2

  1. buzz03 dit :

    Splendide ! Les Alpes sont vraiment le paradis des motards. Bravo pour ce reportage.

    Ps : j’espère que tu n’as pas renoncé au Stelvio. Je l’ai fait justement cet été 2014 en soirée ; ce qui permet d’éviter les hordes motocyclistes, et autres camping-caristes qui les bouchonnent ;-). Avoir à disposition le « monstre des Alpes » quasiment pour soi est une expérience unique !

    Salutations motardes d’Auvergne.
    Buzz

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