Routes du vertige (11). Oisans. La Route d’Oulles

Filet Video_685_b_OKLorsque depuis Bourg-d’Oisans, dans l’Isère, on prend la route du joli Col d’Ornon (D 526), fort appréciée des motards, deux kilomètres après avoir quitté la D 1091 on passe devant l’embranchement de la route départementale 221, qui conduit à Oulles, dans le Massif du Taillefer. La construction de cette « route d’exception » taillée dans la roche n’a été achevée qu’en 1963, soit il y a un demi-siècle. Ca n’est pas si vieux : c’est l’année où les Beatles sortaient l’album « With the Beatles », ils s’étaient pas foulés (pour trouver le titre, je veux dire).

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Jusqu’à cette date, le village n’était relié au reste du monde que par des chemins muletiers. Les principaux conduisaient à la vallée de la Romanche d’une part (au niveau du lieu-dit Les Sables), et d’autre part au hameau de La Pallud (où passe la D 526) et au village d’Ornon. Aujourd’hui, les sept kilomètres d’épingles à cheveux de la D 221 les remplacent, qui ont été gagnés sur la montagne avec beaucoup d’efforts et de savoir-faire. Et la route donne le ton : le village lui-même est si pentu qu’on raconte qu’il fallait y ferrer même les poules !

Au bout de la route, on est récompensé de sa fatigue (si l’on est monté à vélo) ou de ses quelques appréhensions (si l’on utilise un véhicule motorisé) en découvrant un petit village quasiment intact et au charme préservé.

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La descente (c’est le choix qui a été fait pour la vidéo) permet de se rendre compte du tracé audacieux de la route, et de profiter (prudemment) de la vue superbe vers les Grandes Rousses, les Ecrins et la Meije. Dans la seconde moitié de la descente, les pins sylvestres donnent à l’endroit un agréable côté méditerranéen, mais leurs puissantes racines ont tendance à soulever le goudron qui prend parfois le profil de la tôle ondulée moyenne.

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La plus petite commune de l’Isère
Accrochée à la montagne à 1 400 m d’altitude, Oulles est la plus petite commune du département de l’Isère. La population oscille, selon que l’on se réfère aux chiffres des manifestants ou à ceux de la police, entre 12 et 7 habitants (dont un motard !) En fait c’est le second chiffre qui m’a été donné par l’un d’entre eux ce 14 août, il correspond au nombre de personnes vivant ici toute l’année. Quasiment que des retraités. Le bon air de la montagne conserve, mais ce détail est légèrement inquiétant quant à l’avenir du village.

Curieusement, selon l’Oullien (?) que j’ai rencontré, « c’est la route goudronnée qui a tué le village » (à commencer par son école, fermée deux ans après l’arrivée de celle-ci). Il ne m’en a pas donné la raison, mais, outre la cessation des activités évoquées plus loin, on peut imaginer que la route qui amène ici touristes et randonneurs a aussi servi aux habitants à aller chercher du travail dans la vallée, où ils ont fini par rester plutôt que d’affronter quotidiennement cette D 221. En somme, s’il est désormais plus facile de venir ici, il est aussi plus facile de s’en échapper. Et dès lors que ceux qui sont en mesure de développer une activité vont le faire ailleurs, le déclin ne peut que s’accentuer, et voilà pourquoi votre village est muet.

L’âge du plomb
C’est au Xème siècle que l’Oisans, cette partie des Alpes correspondant aux bassins de la Romanche et de ses affluents, se structure en villages et en paroisses (1). Cité dès le siècle suivant (pour son église), Oulles vit d’abord de ses alpages, étendus et d’une belle exposition sud. Ils font vivre une partie de la population locale, et sont même loués à des transhumants venus de Provence.

Selon une technique souvent utilisée en montagne, les maisons sont regroupées et construites dans la pente, qui ici domine, on l’a dit. C’est le meilleur compromis pour profiter de l’ensoleillement et rester à l’écart des avalanches, sans trop empiéter sur les terres cultivables.

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Au Moyen-Âge et jusqu’au milieu du XIXème siècle, on exploitait à Oulles du plomb argentifère, de la malachite (utilisée comme pierre ornementale, et dont les pigments servent en peinture), du cuivre et du quartz. Exploité au-dessus du village, vers 1 700 m, le minerai était descendu par câble jusqu’aux laveries installées dans la vallée de la Romanche (2). La Première Guerre mondiale mettra fin aux travaux et à l’exploitation des mines, mais à la grande époque la population a atteint 260 habitants (dont une cinquantaine d’ouvriers travaillant dans les mines), pour décroître jusqu’à 160 au début du XXème siècle et… 4 en 2008 ! (3) On voit par là que depuis cette date, la population a doublé, c’est encourageant.

Google_Loc2014_gris5En pleine montagne
Amis motards, comme sur toutes les routes du vertige, la prudence est ici de rigueur. Certes, cette D 221 n’a pas le côté immédiatement surplombant du Pas du Frou ou de la route de Combe-Laval : si l’on tombe ici, ça n’est pas comme une pierre lâchée d’une falaise (c’est une supposition, je n’ai pas vérifié). Un muret sécurise les parties les plus aériennes, mais parfois, le ravin commence immédiatement à la limite du goudron : selon une tendance que l’on retrouve partout en montagne, la surface goudronnée occupe tout l’espace dégagé pour la route, et du coup, pas le moindre bas-côté pour pardonner une seconde d’inattention ! Ajoutons, mais c’est la routine sur ces routes, que les chutes de pierres sont fréquentes, et avérées : il suffit de regarder devant soi pour s’en persuader.

Il n’est pas possible de composer une boucle en venant ici (le village est un cul-de-sac), et il faudra redescendre par l’itinéraire de montée, comme on dit sur les topoguides. Mais ça n’est pas une punition, tant les vues offertes diffèrent dans l’un et l’autre cas. Noter aussi qu’il n’y a à Oulles ni café, ni auberge de montagne, ni gîte (deux appartements meublés peuvent être loués à la mairie). Seulement un lavoir avec des géraniums-lierres où coule une eau délicieuse, une table destinée aux paresseux pour pique-niquer en face, et surtout (c’est la principale ressource de l’endroit), des sentiers de randonnée dans toutes les directions. Puisque vous êtes là, pourquoi ne pas aller respirer un moment l’air des cimes, pendant que le moteur refroidit ? Le refuge du Taillefer (2 056 m) est à deux heures de marche, mais bien avant vous pouvez marcher sur le GR 50 « Tour du Parc National des Ecrins », l’une des nombreuses ramifications du GR 5 qui traverse les Alpes du nord au sud.

Si l’on ne se sent pas ce courage, une bonne option est de prendre son pique-nique sous le bras et de s’engager sur l’un de ces sentiers qui vous conduiront vers les alpages. Comme la route, le panorama est ici d’exception : le village d’Oulles est considéré comme l’un des plus beaux balcons sur les montagnes de l’Oisans.

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Routes du vertige, la série
1. Vercors. Les Gorges du Nant
2. Vercors. Combe Laval
3. Vercors. Les Grands Goulets
4. Chartreuse. Le Pas du Frou
5. Vercors. Les Gorges de la Bourne
6. Vercors. Les Ecouges
7. Verdon. La Route des Crêtes
8. Oisans. Villard-Notre-Dame
9. Oisans. La Route de la Confession
10. Oisans. La Route de la Roche
11. Oisans. La Route d’Oulles

HD 720p
Pour lire cette vidéo en HD et en plein écran, cliquer sur « Vimeo » au bas du lecteur, puis sur la commande  Cmd Plein Ecran_Vimeo_18

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Notes
(1) Plus de précisions dans cet article, note 1.
(2) On sait – du moins si on lit ce blog – que les montagnes de l’Oisans sont riches en minerais, exploités depuis fort longtemps et partie non négligeable de l’économie locale. Voir par exemple l’histoire de la mine de La Gardette.
(3) Origine des informations historiques contenues dans cet article : Parc National des Ecrins, commune d’Oulles et Isère Tourisme.

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5 commentaires pour Routes du vertige (11). Oisans. La Route d’Oulles

  1. J’adore cette route ! en tant que cycliste, elle permet de s’elever rapidement et les virages sont tres beaux ! en automne, les couleurs sont splendides et l’endroit est méconnu.
    Dans le coin, tu dois aussi connaitre la route Joseph Paganon qui relie Bourg d’Oisans à Villard Notre Dame et au col du Solude. Redescente assurée de l’autre coté via Villard Reymond, une autre tres belle route de notre région.
    A la prochaine, à vélo ?

    • jihel48 dit :

      Merci pour ce commentaire, et bravo pour… tes mollets ! La montée à Oulles, si elle n’est pas très longue, est bien rude.
      Je connais la belle route de Villard-Notre-Dame, qui a eu droit à un petit traitement ici. La piste (roulante) qui continue jusqu’au Col de Solude permet en effet de faire une boucle qui redescend par Villard-Reymond.
      Du Col de Solude, qui vaut bien une pause, la vue sur la vallée de la Romanche et sur les Grandes Rousses est superbe. On y voit très bien, en particulier, la Route de la Roche, la précédente « Route du vertige ».
      Cordialement.

  2. YlePoyet dit :

    Salut, je découvre ton blog depuis quelques jours seulement. J’aime beaucoup l’esprit qui s’en dégage, c’est très apaisant et ça ne donne qu’une envie, enfourcher sa moto pour aller (re)découvrir nos routes.
    La vidéo est également très chouette, contemplative.
    Bonne continuation.

  3. Jean Herman dit :

    Merci à vous pour votre site… vos parcours à disposition… vos photos, vos films, etc etc 🙂

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