Routes du vertige (10). Oisans. La Route de la Roche

Filet Video_685_b_OK« Magnifique itinéraire sur l’une des routes les plus spectaculaires de l’Oisans (et ce n’est pas peu dire !), la Route de la Roche fut ouverte en 1902 au terme d’une véritable prouesse technique. Après le village de L’Armentier-le-Haut, la route s’ouvre sur un horizon démesuré ! Vous êtes sujet au vertige ? Faites vite demi-tour ! »

Google_Loc2014_gris5On trouve ces propos rassurants sur le site bike-oisans.com/fr, consacré au mountain bike et au cyclotourisme, dans la rubrique « Routes d’exception ». Nous motards partageons souvent avec les cyclotouristes les mêmes routes, et le goût pour les mêmes régions et paysages (l’inverse est vrai aussi). Du reste il se trouve des cyclotouristes pour suivre ce blog ou pour le visiter depuis des forums dédiés, et cela me fait plaisir. Mais nous avons avec eux cette différence qu’ils les parcourent à la force du mollet, quand nous laissons, nous, faire le boulot à des chevaux à vapeur. Au sommet des cols, je me suis souvent demandé, entre les cyclistes et nous, qui sont ceux qui apprécient le plus la pause qu’on y fait (j’ai ma petite idée sur la question, mais bon).

Des routes d’exception (qui sont aussi du vertige) en Oisans, on en a déjà présenté deux ici, on retrouvera les liens au bas du présent article. Taillée à même la roche (d’où son nom), celle d’aujourd’hui, la Route de la Roche aka D 211a, termine notre « trilogie de Bourg-d’Oisans », comme le montre la carte ci-après. C’est dire que de chacune de ces trois routes, à plusieurs reprises, on aperçoit l’une des autres, voire les deux. Mais bon, quand on y roule, mieux vaut s’intéresser à celle sur laquelle on se trouve : les échappatoires offertes aux distraits, ici, sont assez peu hospitalières (1).

Carte Bg d'Oc

Défis permanents
La carte en donne une idée : il n’est pas facile de s’extirper de la plaine de Bourg-d’Oisans, en dehors de ces trois grandes voies :
— la vallée de la Romanche vers le Col du Lautaret (c’est l’itinéraire entre Grenoble et Briançon appelé « Petite Route » depuis Henri IV, par opposition à la « Grande Route », qui passe par La Mure, Gap et Embrun) (2) ;
— celle du Vénéon vers La Bérarde (une autre route d’exception, par ailleurs), qui elle ne va pas plus loin ;
— la célèbrissime « Route aux 21 virages » (la montée vers l’Alpe d’Huez).

Pour gagner les villages construits un peu partout dans ces montagnes, il a donc bien fallu construire ces « routes d’exception » spectaculaires, à la fois prouesses techniques et défis à la verticalité.

Le défi est aussi, pour le Conseil Général de l’Isère, de veiller à la viabilité et la sécurité de ces routes magnifiques, ce qui coûte un peu d’argent (euphémisme). Du coup, le Conseil Général s’est aussi donné pour mission de dissuader un maximum d’usagers d’emprunter certaines d’entre elles – dont celle du jour, à qui est dédié le panneau de la photo ci-après. C’est que cette route n’est pas, à la différence de celles du Pas du Frou en Chartreuse, des Grands Goulets ou des Gorges de la Bourne dans le Vercors, d’un intérêt « stratégique » pour le massif. De Bourg-d’Oisans pour se rendre à Auris, mieux vaut en effet prendre la D 1091 jusqu’au Freney, puis la confortable, parce que menant à une station, « route d’Auris ».

DSCN1010_h395

Ces routes sont soumises à toutes sortes d’agressions (je ne parle pas de celles dues au seul passage des véhicules) : travaillées par le gel et les différences de températures, elles sont bombardées par les pierres qui tombent de la paroi, quand ce ne sont pas des rochers de plusieurs tonnes. Plus sournoisement, les routes en encorbellements sont attaquées par en-dessous par l’érosion. Avec certes une géologie et une hydrographie différentes, il était apparu en 2004 dans les Gorges de la Bourne que, plus encore que le confortement des falaises surplombant la route, c’est celui du tablier la supportant qui exigeait des travaux en urgence.

Ce 8 mai dans l’Oisans, la D 211a avait reçu son lot quotidien de pierres en tous genres, sans autre conséquence pour le motard qu’un peu d’attention quant à l’endroit où poser ses roues. Mais après le dernier pare-avalanche (ils sont au nombre de trois + un tunnel, pour protéger les parties les plus exposées), un effondrement, sur quelques mètres de la partie droite de la route, sommairement entouré d’un garde-fous capable de n’en garder aucun, incitait à donner le petit coup de gaz qui va bien pour ne pas traîner dans le coin (dans la vidéo, cela se situe un peu avant 3 mn). Je sais bien que les pierres attendent toujours que je sois passé pour tomber sur la route, mais on n’est jamais trop prudent.

Créatures maléfiques
Amis motards, quand vous serez sur la Route de la Roche, il faudra aussi vous garder des bouames. Evoquées dans de nombreux récits de l’Oisans, les bouames sont des fées dotées de particularités physiques diverses et remarquables : elles peuvent être de très petite taille ; avoir une très grosse tête ; les pieds tournés à l’envers (c’est à dire les talons vers l’avant) ; des seins qui passent par-dessus leurs épaules et leur pendent dans le dos, etc.

D’un naturel plutôt sauvage et grandes dispensatrices de mauvais sorts, les bouames vivent dans des crevasses de rochers comme celles que l’on voit depuis la Route de la Roche. On leur prête beaucoup de défauts : voleuses de lapins et de poules, elles le sont surtout de bébés. C’est pour cela qu’on peut voir aux fenêtres des maisons du Freney-d’Oisans (juste au-dessous de notre route), de Mizoën ou de Besse, des barreaux de fer, parfois doublés d’un grillage métallique. Car les bouames rentrent par les fenêtres dans les maisons et volent des nourrissons qu’elles élèvent ensuite parmi elles, pour en faire de nouvelles créatures maléfiques.

La peur des bouames était autrefois (aujourd’hui, je ne sais) très ancrée dans les esprits de ceux qui vivaient dans ces montagnes, lesquels n’entreprenaient aucune activité sans tenir compte de leurs avis. Ils avaient avec elles des rapports étranges, ambigus et même parfois complices : en échange d’un peu de nourriture, les bouames pouvaient ainsi non seulement garder les troupeaux, mais encore les faire passer en un tournemain dans des endroits délicats, difficiles ou dangereux (3).

Lorsque je suis venu en Oisans ce 8 mai, et quoique ayant parcouru la Route de la Roche à plusieurs reprises dans les deux sens, j’avoue n’avoir été agressé par aucune (à mon grand soulagement). Un vieil habitant de l’Armentier-le-Haut qui prenait le soleil devant sa maison m’a confié que les bouames n’aiment pas le bruit des gromonos avec un silencieux un peu libre, là est sans doute l’explication.

Le bon côté des choses
Le bon côté des choses, c’est que le motard qui, s’engageant sur la D 211a, évitera les chutes de pierres, se tiendra à bonne distance du parapet et parviendra à échapper aux bouames, s’y fabriquera un bref (la partie la plus spectaculaire de la route ne fait pas 10 km) mais intense souvenir de moto.

Motard_Roche2

Routes du vertige, la série
1. Vercors. Les Gorges du Nant
2. Vercors. Combe Laval
3. Vercors. Les Grands Goulets
4. Chartreuse. Le Pas du Frou
5. Vercors. Les Gorges de la Bourne
6. Vercors. Les Ecouges
7. Verdon. La Route des Crêtes
8. Oisans. Villard-Notre-Dame
9. Oisans. La Route de la Confession
10. Oisans. La Route de la Roche
11. Oisans. La Route d’Oulles

 HD 720p
Les recommandations relatives au visionnement des vidéos de ce blog sont désormais regroupées dans la
 FAQ > Sur les vidéos.


Notes
(1) Sur la vidéo, on aperçoit parfaitement, par exemple (et sans risque autre que celui de tomber de sa chaise !), la Route de Villard-Notre-Dame, dès le premier « travelling latéral », à 1 mn 38.
(2) A l’époque des Dauphins, la Petite Route est le parcours le plus rapide pour relier Grenoble et Briançon (trois jours de moins que la Grande Route). Connue et empruntée sans doute depuis le Ier siècle après J.-C., c’est elle qui permit le désenclavement de l’Oisans. Cf. « La Petite Route de l’Oisans. Des Dauphins à la fin du XIXème siècle », conférence donnée au Freney-d’Oisans le 29 juillet 2011 par Denis Veyrat.
(3) Informations tirées des Mystères de la Haute-Savoie (Jean-Philippe Buard, De Borée, 2005), et Dauphiné mystérieux et légendaire (Gilbert Coffano, La Fontaine de Siloé, 1999).

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Un commentaire pour Routes du vertige (10). Oisans. La Route de la Roche

  1. Superbe ! Et comme toujours accompagné d’une présentation parfaite !

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