Vercors. Col de Grimone

Filet Video_685_b_OKHannibal y serait passé, avec ses éléphants, lors de sa marche vers l’Italie à la fin de l’année 218 av. J.-C. – mais naturellement, vous n’êtes pas obligés de me croire (1). Le Col de Grimone, c’est de lui qu’il s’agit, est l’un de ceux qui, au sud-est du Vercors, permettent le passage de Diois en Trièves. La route qui y conduit, côté Diois, est en deux parties bien distinctes, articulées autour du charmant village de Glandage, dont les lecteurs facétieux devront admettre que les 96 habitants (en 2011) s’appellent… les glandageois, épicétou.

Google_Loc2014_gris5Dans le première partie, la route longe au plus près le ruisseau des Gas. Mais l’état de cette route et l’absence de visibilité font que les motards devront éviter d’en mettre du gros (gaz). Le ruisseau a entaillé profondément les Gorges qui portent son nom, curieusement orthographiées Gorges des Gatz. A l’entrée à Châtillon-en-Diois, le ruisseau est devenu une petite rivière, le Bez, grossi qu’il est de plusieurs affluents dont le Rio Sourd, un site de canyoning réputé et le plus fréquenté du Diois.

Cette partie est très agréable (les Gorges sont protégées depuis 1948), et peut être l’occasion en été d’une pause réparatrice, dans l’ombre fraîche. La route est bordée par ces buis taillés fréquents le long des routes du Diois, bordée aussi par des falaises calcaires fragiles (elles n’offrent qu’une seule véritable voie d’escalade, le pipe-line, le long d’une veine… de grès), qui ne demandent qu’à se déliter sur la route. Ca venait d’être le cas quand je suis passé, et en tendant l’oreille, on entend dans la vidéo les marteaux-piqueurs des ouvriers-alpinistes pendus à leur corde en train de purger la falaise.

DSCN1853_h200Juste avant l’entrée dans le premier tunnel, de l’autre côté de la rivière, sur le mur de soutènement de la route de Boulc, une pancarte explicite rappelle aux chèvres intrépides et aux petits chaperons rouges que le loup est revenu sur ces terres.

Peu après la petite usine hydroélectrique privée à l’inscription désuète (« Force motrice des Gats ») (2), la route tutoie la falaise et, après une épingle à droite (vue superbe sur cette falaise dont on s’est un peu écarté), franchit un épaulement par un pont et une succession de quatre tunnels.

Usine_640x385

Aux deux entrées de la zone des tunnels, un panneau précise que cette partie de la D 539, la Route Joseph Reynaud, fut inaugurée le 25 septembre 1910 (l’alternative était, et est toujours, une piste qui part de l’entrée de Glandage et rejoint la petite route en cul-de-sac qui, plein nord, conduit au village de Borne). Comme la plupart des travaux de ce type dans le Vercors, ceux-ci furent réalisés par l’entreprise Serratrice, de Rencurel.

Bruno Fouquet a raison de noter que cette partie est le seul endroit, « court mais intense, où les impressions peuvent atteindre la force de celles éprouvées dans les grandes gorges au nord du Vercors » (3), ces gorges où sont accrochées « nos » routes du vertige. On débouche juste après dans le charmant vallon de Glandage. Le contraste, qui s’opère en un rien de temps, est saisissant, entre la sombritude de la zone des tunnels, comme dirait le ministre de l’écologie, et la douceur lumineuse du vallon.

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Passé Glandage le paysage change du tout au tout, et devient celui d’une belle montée de col « classique ». Après un large virage, la route s’élève rapidement dans les pins, et même si l’on n’aperçoit pas bien sa partie droite, mieux vaut ne pas aller la visiter avec sa moto : le ruisseau de Grimone est maintenant 150 m plus bas ! Le hameau qui donne son nom au col est superbement exposé (la lavande autrefois fleurissait sur ces pentes), et vite dépassé. Il est vrai qu’il est minuscule : quelques maisons seulement (dont la très stylée Auberge des Amousières), et une dizaine d’habitants. Parmi eux le boulanger qui fabrique le fameux « pain de Grimone », à la farine biologique et à l’eau de source du Vercors, vendu au marché de Die le samedi matin. Avis aux amateurs.

X1700004_320_colGrimone conduit, en deux épingles, à la partie « haute montagne » du col, seul endroit où les possesseurs de sportives peuvent vraiment faire péter les watts. Certes, on est seulement entre 1 000 et 1 300 m, mais le paysage s’ouvre tout d’un coup, pour prendre ce côté sauvage et désolé que j’affectionne.

Quand on arrive du Diois, le Col de Grimone (maison forestière au sommet) sépare, sur la gauche, la montagne du Jocou, dont le versant est domine le Col de la Croix Haute, et celle de Toussière, sur la droite. Ces montagnes sont l’un des décors du roman de Jean Giono Un roi sans divertissement (1947), à l’atmosphère étrange et oppressante. Il fut porté à l’écran en 1963 par François Leterrier, et le film en garde quelque chose, peut-être parce que c’est Giono lui-même qui en avait signé l’adaptation.

> Autres articles et vidéos sur les routes du Vercors (les « routes du vertige » sont référencées ici)
Au-dessous du Vercors
Un singe en hiver
Les Hautes Solitudes
Les Coulmes. La forêt d’émeraude
Ma saison préférée

Col de Grimone
Col de Menée

HD 720p
Sur la musique utilisée dans cette vidéo (Scala & Kolacny Brothers), voir ici, à la fin de l’article.


Notes
(1) En fait, Hannibal dans sa marche vers l’Italie serait passé par à peu près tous les cols des Alpes ! L’hypothèse évoquée ici (elles sont innombrables) se trouve dans l’article dédié de Wikipedia : il aurait suivi le Rhône depuis Vienne, bifurqué pour remonter la Drôme et son affluent le Bez (qui passe à Châtillon-en-Diois, on l’a dit), et franchi le Col de Grimone pour atteindre le bassin du Drac, puis la Durance et l’Ubaye.
Quant à mon « passage de Diois en Trièves » par le Col de Grimone, il n’est pas tout à fait exact : la route du col rejoint la D 1075 entre le hameau du Logis-de-l’Ours (!) et celui de La-Croix-Haute, dans la haute vallée du Buëch. Mais le Col de la Croix Haute (et donc le Trièves) n’est qu’à 3 km, alors…
(2) Le propriétaire actuel organisait des visites de l’usine lors des Journées du patrimoine. Si la tradition se maintient, il va falloir attendre septembre prochain.
(3) « Voies de pénétration et sites protégés », Bruno Fouquet, Inspecteur des sites auprès de la DRAE Rhône-Alpes, in Cahiers Culturels du Parc du Vercors, n° 3 (« Un siècle de routes en Vercors »), 1983.

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5 commentaires pour Vercors. Col de Grimone

  1. franck dit :

    bonjour !!! encore une superbe balade !!! on tenait a te remercier encore grace a toi et a ton blog on a decouvert de magnifiques route a moto !!!!! bonne route a toi !!!! cordialement

  2. bonjour ! Concernant Hannibal, il serait passé partout dans les Alpes et tous les cols s’approprient son passage ! Lors d’une conférence au musée dauphinois en janvier 2012, l’intervenant avait dit en fait, qu’il avait éclaté sa caravane en plusieurs pelotons pour ne pas tout perdre au cas où… Ainsi, certains auraient pu passer au col de Grimone , d’autre à Menée.. Par contre, il avait ajouté que la caravane était longue de 17 km ! Quand les premiers étaient à Vif, les derniers étaient encore à… Grenoble… et ils marchaient tous pieds nus ou presque. Quand on circule à vélo (ou à moto), ces distances nous parlent bien et je mesure cette longueur !

    Retour au col de Grimone ! je l’ai découvert à vélo en 1999 ! j’y passe souvent et je l’appelle bien volontiers le col du silence tellement il est reculé et finalement assez méconnu. Je vois que tu n’as pas oublié le pain de Grimone , c’est très bien !
    La route de Boulc est aussi très belle avec son long tunnel et le col de Boulc ! Dans le coin, tu dois aussi connaitre le col Miscon, un autre joyau de ce coin !

    A la prochaine

    jean-philippe

  3. Ded dit :

    Rien à ajouter.
    Magnifique, comme d’hab !

    • jihel48 dit :

      Merci à vous trois. 🙂

      Jean-Philippe, merci pour cette explication du curieux don d’ubiquité dont Hannibal semble avoir fait preuve dans les Alpes ! Et oui je connais le joli village de Boulc (maintenant accessible en tous temps grâce au tunnel), et le Col Miscon, variante agréable et peu fréquentée pour rejoindre Luc-en-Diois.

  4. david dit :

    Bonsoir,

    Grimone le village de mon arrière grand mère, dur d’y vivre, de travailler la lavande, ou avoir des moutons. Et pas facile de rentrer dans le village en voiture.

    Sûr qu’il n’y a pas grand monde sur la route du col. Les gens connaissent la Drôme, mais pas ce coté de la Drôme, ou du Vercors…

    Pour les amateurs de bons produits, je donne une bonne adresse a Die, la maison Achard, une confiserie, y font du miel, du nougat, mieux que celui de Montélimar !

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