Reprise

Filet Billet_685_bleu3_OKJe l’ai dit ici : je plains les roule-toujours et autres amateurs d’hivernales. Non à cause des souffrances qu’ils endurent à rouler dans des conditions simplement inhumaines, lorsque, comme le dit (bien) un ami racontant son retour des Eléphants de Solla en février 2012, « après une heure et demie de route une plaque de métal glacé [pèse] au travers de l’estomac et que [les] jambes se mettent à trembler ». Après tout, ces intrépides ne s’exposent pas ainsi parce qu’on leur a mis une épée dans le dos !

Je les plains parce qu’ils ne connaissent pas l’excitation qui croît, dans les derniers jours de février, quand se rapproche le moment où la moto, imitant en cela son propriétaire, sort de l’hivernage. Et cette excitation aussi, teintée d’un peu d’inquiétude, quand on donne le premier coup de kick de l’année. 

Pour moi cette année, cela s’est fait en deux temps. Le premier, ça a été pour constater que ma batterie, pourtant démontée en novembre et conservée au chaud, avec le p’tit coup de charge mensuel et qui va bien, était HS. Plus précisément, ne délivrait pas la tension suffisante pour que l’injection électronique accepte de fonctionner : plus de 12,5 V, si je suis bien informé. Bah, trois ans de vie pour une batterie indienne à pas cher, c’est juste autant que la batterie à très cher de ma GS. Pas grand chose à lui reprocher, donc.

Batterie en cuisine
Le second temps, ça a été ce dimanche 2 mars, presque tout entier consacré à m’occuper de sa remplaçante (sic !) D’abord, comme c’était une batterie sèche, il a fallu lui donner son content d’acide sulfurique. Je crois que je n’avais jamais fait ça. J’ai commencé par en renverser partout sur la table de ma cuisine, parce que faire rentrer la bonne quantité d’acide via ces zorifices minuscules, je ne sais pas faire (avec de l’eau distillée non plus, d’ailleurs, mais les conséquences sont moindres). J’ai fini par confectionner de petits entonnoirs en papier, sûr que l’acide allait les cramer tout de suite. Bah non, c’était la solution. Au final, mes yeux n’ont rien, merci, c’est seulement le bout de mes doigts que l’acide a récuré en profondeur (les gants ? quels gants ?) Je positive : sans empreintes digitales, même la police scientifique ne pourra retrouver ma trace, lors de mon prochain casse.

Après, il y a eu les 5 h de charge réglementaires pour une batterie de 14 Ah, je suis du genre qui lit les notices. C’était cool, j’en ai profité pour regarder une deuxième fois (en trois jours) La Vie d’Adèle. Et me perdre dans les yeux de miel d’Adèle Exarchopoulos, et dans ce visage où les émotions se lisent comme dans un livre. Le personnage qu’à tout juste vingt ans elle a créé pour ce film est déjà un personnage inoubliable de cinéma.

Exaspération et petit bonheur
Installer une batterie sur une moto est toujours un exercice qui donne envie de faire subir les supplices les plus raffinés au type qui a conçu le bazar. La Bullet n’échappe pas à la règle, sauf qu’en plus il m’a fallu ovaliser le trou de l’une des cosses, avec une lime queue de rat à peu près aussi performante qu’une lime à ongles, pour pouvoir la boulonner sur la borne de la nouvelle batterie. C’était notre rubrique : « Les limites de la standardisation ».

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Du coup, quand j’ai eu fini et que la moto a démarré, à la deuxième sollicitation, je précise (alors qu’elle n’avait pas tourné depuis le 18 novembre), il faisait nuit depuis un bon moment déjà. Je n’aime pas démarrer un moteur pour l’arrêter aussitôt après, et je voulais m’assurer que tout allait bien. Alors j’ai pris la route de Saint-Nizier, qui depuis Grenoble conduit en quelques virages dans le Vercors. C’était génial. Quand on redescend de nuit des montagnes qui entourent la ville, on a droit, par temps clair, à un festival de lumières colorées qui scintillent de tous côtés, c’est un spectacle dont on ne se lasse pas. Grenoble est une ville légèrement différente de Los Angeles, mais pour un peu, on se croirait sur Mulholland Drive. 

Et la moto ? En deux mots : trop bien. Quel plaisir de retrouver sa légèreté, sa maniabilité, sa manière de se couler dans les virages en passant là où l’oeil se pose, son petit couple toujours aussi infernal, son bruit admirable… et tout ce package de sensations que je croyais oubliées depuis trois mois, et que j’ai retrouvées, intactes et familières, le temps de ces 20 km de route de montagne !

Amis roule-toujours, vous ne savez pas ce que vous perdez.

Photo Simon Alibert
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2 commentaires pour Reprise

  1. Je roule peu l’hiver moi aussi, à part en trial, je retrouve la même joie dont tu parles si bien dans cet article. Tâchons de profiter pleinement de la nouvelle saison clémente qui s’annonce. Merci, bon week-end.

  2. Renaud dit :

    Une batterie avec entretien dure plus longtemps, mais il faut l’entretenir.
    C’est à dire remettre de l’eau distillée, surtout l’été.
    Pour cela j’utilise une seringue et si je n’ai pas d’eau distillée, celle du frigo.

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