La fée Mallender

Filet Billet_685_bleu3_OKElspeth Beard peut continuer tranquillement à s’occuper d’architecture dans le Surrey : avec quelques autres, Mélusine Mallender perpétue avec brio la tradition des aventurières à moto, dont l’Anglaise fut une des pionnières. Mélusine Mallender n’a pas seulement un visage avenant et un prénom enchanteur : à 33 ans, elle a déjà un carnet de route(s) impressionnant (1).

Portrait_172Intermittente du spectacle dans le civil (elle est costumière de théâtre), elle a réalisé ses premiers grands voyages en 2010 avec une 125 Varadero. Alors que sa moto avait passé 110 000 km et était promise aux soins palliatifs, elle a voulu lui offrir un baroud d’honneur en l’emmenant aussi loin que possible vers le pays du Soleil Levant, qui l’avait vue naître. « Elle ne fera pas plus de quelques centaines de  kilomètres », assuraient les professionnels de la profession. Trois mois et 22 000 km plus tard, elle arrivait au bout de la route, à Vladivostok.

Elle s’est fait connaître dans la blogosphère (grâce à MotoMagazine) avec une Honda Crossrunner 800, moto aux look et positionnement improbables, mal aimée des motards. C’est un tort : en 2011, cette machine l’a emmenée sans coup férir sur les routes et les pistes de l’ancien Empire Perse. Suite à l’impossibilité d’entrer au Pakistan pour rejoindre l’Inde, elle a traversé le Tadjikistan et le Kirghizstan, et, après l’Iran, est revenue par le Turkménistan et l’Ouzbékistan – soit la presque totalité des pays en ~ stanCe voyage est présenté ici par Mélusine Mallender herself.

Crossrunner1_640

En février de cette année, elle est partie en Ethiopie avec une Triumph 800 Tiger XC (pas un mauvais cheval), préparée par Touratech (pas une mauvaise idée). Cette expédition, baptisée « Grands Lacs d’Afrique 2014 », devait la conduire au Burundi en passant entre autres par l’Ouganda et la Tanzanie.

Partenaires et partenariat
Avec la notoriété et la visibilité sur le Web, avec aussi un talent que l’on devine pour la communication, sont venus les « partenaires », importateurs inclus. C’est l’une des toutes premières Crossrunner qu’elle a emmenée faire ses preuves sur les pistes de l’Orient compliqué. Forte de la complicité d’un grand magazine moto et en échange de ce joli coup de pub, la machine n’a pas dû lui coûter bien cher. Idem pour la Tiger, Triumph étant partenaire officiel de son voyage actuel.

Mais bon, je dis ça, je dis rien, et du reste la politique des constructeurs là-dessus est tout sauf transparente. En 2003, lorsque Ewan McGregor (aka young Obi-wan Kenobi) et Charley Boorman (fils de) préparaient leur Long Way Round, ils voulaient des KTM 950 Adventurer, « pour leur sex appeal » (sic !). On se dit qu’un acteur hollywoodien connu, avec des moyens importants déjà mobilisés et une couverture médiatique assurée (un site Web bien sûr, la presse moto, un livre – d’ailleurs intéressant au final –, des DVD, une série de plusieurs modules de films qui devaient être diffusés sur les télés du monde entier, et même des missions de l’Unicef) allait s’en voir proposer douze ! Que nenni. Les représentants anglais de la firme autrichienne ont refusé : sans doute jugeaient-ils que ces motos n’étaient pas les mieux adaptées pour être confiées à deux acteurs en voyage autour du monde, et ils craignaient une contre-publicité. Naturellement, BMW UK s’est fait un plaisir de mettre à la disposition des lascars trois 1150 GS Adventure toutes options, l’équipement complémentaire étant fourni par Touratech. Elles se sont au final fort bien comportées.

Je pense par ailleurs que si le fait d’être supporté facilite le voyage, cela n’enlève pas grand chose au mérite du voyageur (de la voyageuse aussi, oui) : quand sur une piste en fesh fesh on doit relever seul(e) sa moto chargée à toc pour la dixième fois de la journée, qu’elle ait été courtoisement fournie par l’importateur ne rend pas l’exercice moins épuisant.

Sur grand écran
Pour Mélusine Mallender, après les bout-à-bout à l’arrach’ de la GoPro du début sont venus aussi de « vrais » films, co-réalisés, montés et produits avec l’aide de professionnels. Les deux premiers, Un jour il faut partir (le voyage vers le Japon) et Les routes persanes (comme son nom l’indique) ont été diffusés sur la chaîne Voyage les 20 et 27 mars 2014. Dans la corne de l’Afrique l’a été par épisodes à partir du 25 septembre. Ces films, qui devraient être disponibles en DVD, font partie d’une série intitulée « Ne te dégonfle pas ». Beau programme, et beau sujet de réflexion pour les longues soirées d’hiver…

Avec respect et considération, bonne route, Mélusine.

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Les photos ci-dessus sont empruntées au blog de Mélusine Mallender hébergé par Motomag en 2011. Une partie des informations contenues dans le présent article est issue de son blog actuel (un lien vers ce blog figurait déjà ici-même, dans la barre latérale, rubrique « Voyages moto »), ainsi que d’un portrait paru dans ChEEk Magazine.

Filet_Note_Billet_Gris3_h10Note
(1) Condamnée par sa mère à devenir mi-femme mi-serpent, la fée Mélusine ne pouvait mener une vie de femme « normale » qu’à la condition de trouver un homme qui veuille l’épouser et accepte de ne jamais la voir le samedi, jour de bain rituel et du récurage de sa queue de serpent. Si cette condition était remplie, elle vivrait et mourrait naturellement, enfantant une très noble et très grande lignée.
Un Grenoblois ne peut qu’être sensible à cette légende, puisque Mélusine, après s’être enfuie du Poitou, se serait réfugiée dans les montagnes de Villard-de-Lans et installée à Sassenage (aux portes de Grenoble), dans une grotte du Furon qui fait partie de ce qu’on appelle aujourd’hui les Cuves de Sassenage. On peut y voir sa table de pierre, la cuve où elle se baignait le samedi, et même y entendre, selon certains, les échos de sa voix suave (bin oui, comme tout le monde, Mélusine avait l’habitude de chanter en prenant son bain). Selon la légende, elle séduisit le seigneur de Sassenage et eut de lui un fils, ancêtre de la famille Bérenger-Sassenage.
Est-ce parce que la légende de la femme-serpent est difficile à porter ? Dans ses voyages, Mélusine Mallender préfère se faire appeler Mélissa, plus « international », en tous cas moins « compliqué ».

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Un commentaire pour La fée Mallender

  1. Captain Bertie dit :

    Jihel, c’est terrible : je crois bien que nous sommes amoureux de la même (jeune, trop jeune) femme !

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