Eloge de Matthew Crawford

Filet Billet_685_bleu3_OKCe 2 janvier 2014, l’invitée du Journal de 12 h 30, sur France Culture, est Aude Lancelin, directrice-adjointe de la rédaction de Marianne, et responsable du service « Culture et idées » du magazine. Dans le mouvement général de retour sur l’année écoulée qui occupe alors les médias, il s’agit de décrire ce qu’ont été les thèmes ou idées ayant marqué 2013. Aude Lancelin commence par citer la fin du mythe de la « mondialisation heureuse » (on ne le regrettera pas), avec le corrélatif repli des Etats sur eux-mêmes et sur la notion de frontière, chez nous l’embellie de l’euroscepticisme, etc.

Le second thème ayant selon elle marqué l’année 2013 est la remise en question de la « valeur-travail ». A la surprise perceptible du journaliste, elle cite, comme l’un des auteurs importants désormais associé à ce courant, Matthew Crawford.

MC2_250J’ai découvert Eloge du carburateur l’été dernier, grâce au forum Royal Enfield. Ceux qui comme moi pensaient que c’était un traité de mécanique, possiblement en mesure de leur faire regretter de posséder une moto équipée de l’injection, n’ont pas mis longtemps à constater leur erreur. Pour autant le livre, qui montre combien le « travail intellectuel » peut se révéler pauvre et déresponsabilisant, et la pratique source d’indépendance et de satisfaction, est lui-même digne d’éloges. Y compris de la part de quelqu’un qui a été payé toute sa vie pour exercer un métier « intellectuel ».

Sont ainsi particulièrement édifiants les trésors de capacités déductives et d’intelligence pratique qu’a dû développer l’auteur pour venir à bout d’une fuite sur l’embrayage hydraulique d’une Honda Magna V45 de 1983, pas une moto culte au demeurant. Déjà pour accéder à la partie arrière des cylindres, ce qui est « à peu près aussi facile que de faire sortir un voilier d’une bouteille » (!) ; ensuite pour comprendre que, chaque type de joint ne résistant qu’à un certain type de liquide, le joint responsable de la fuite avait été corrodé par un liquide qui n’aurait jamais dû l’atteindre – de l’huile moteur en l’occurrence. Au final, Crawford conclut que son intervention sur le joint de la Honda Magna obéissait à une logique assez semblable à celle de sa thèse de doctorat, « sauf que dans le cas de la Magna, je devais rendre des comptes à mon client ». Cette dernière phrase sent un peu son règlement de comptes avec la recherche universitaire, mais bon.

En 2001, Crawford a claqué la porte d’un think tank en vue à Washington. Il affirme (c’est le coeur du livre) avoir trouvé depuis davantage de richesse d’analyse et de réflexion, y compris d’un point de vue « intellectuel », dans le travail manuel : la cuisine, par exemple, pour ce qu’elle demande de concentration, et bien sûr la mécanique, de surcroît dispensatrice du plaisir, devenu rare aujourd’hui, qu’il y a à fabriquer et à réparer des objets.

Sa notice biographique, sur la 4ème de couverture du livre, est d’une frappante et admirable concision : « Matthew Crawford est philosophe et réparateur de motos. Il vit à Richmond, en Virginie ».

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