Routes du vertige (4). Chartreuse. Le Pas du Frou

Filet Video_685_b_OKQuand on était petits (j’ai grandi à moins de 30 km), on appelait cette partie de la D 520c, qui relie Saint-Christophe-sur-Guiers et Saint-Pierre-d’Entremont, dans le Massif de la Chartreuse, les Gorges de la Frousse. Et on ne trépignait pas de joie quand les balades dominicales, ou quelqu’excursion en car, passaient par là. Les Gorges dont il s’agit sont celles du Guiers Vif, dont un passage, environ 300 m en encorbellement dominant un précipice de 150 m, est dénommé Pas du Frou : en parler dauphinois, cela signifie « passage affreux ». Pas mieux.

Google_Loc2014_gris5L’exposition plein nord du site, qui ne voit quasiment jamais le soleil, et qui n’est sans doute pas pour rien dans son appellation, est une raison supplémentaire (voir plus bas) de ne pas s’y arrêter pour pique-niquer. Comme si cela ne suffisait pas à son infortune, cette D 520c est sujette à de récurrentes chutes de rochers, tout comme certaines des routes du vertige du Vercors. Desservant plusieurs communes et des centaines d’habitants, elle est pourtant d’un intérêt vital, car elle relie la région de Saint-Laurent-du-Pont (et donc le Pays Voironnais, le Grésivaudan via le Col de la Placette, et la D 1006 – l’ex RN 6) à la Vallée des Entremonts, l’épine dorsale de la Chartreuse.

Elargie en 1958 avec des plateformes en béton accrochées à la falaise, la route dans le secteur du  Pas du Frou a été entièrement reprise entre 2010 et 2012. L’encorbellement a été à nouveau élargi, et les falaises en surplomb sécurisées (les randonneurs de la partie supérieure, sur la commune de La Ruchère, connaissent en bordure de plateau cette coulée de rochers impressionnante à passer à pied, lesquels rochers semblent n’avoir qu’une envie, celle de finir sur la route en dessous).

Pas du Frou_h460Les falaises ont donc été purgées (on fait tomber les rochers instables situés au-dessus de la route), confortées (les parties douteuses sont fixées avec des armatures métalliques scellées dans la roche), et la route protégée par les deux types de filets servant d’écrans pare-pierres que l’on voit sur le schéma (document Conseil Général), et sur la vidéo à venir.

A la différence de celles de Combe Laval ou des Gorges du Nant, cette route-ci est « décevante » pour ceux qui carburent à l’adrénaline, décevante aussi dans la vidéo, malgré mes efforts pour dramatiser le passage critique en usant des moyens réglementaires. A cause de la végétation et des tunnels, on ne voit presque rien en voiture (en moto) avant et après le Pas du Frou, et sur place parce qu’il est interdit de s’arrêter, comme souvent dans les Alpes : pour écarter toute responsabilité en cas de chute de pierres, et pour éviter que des photographes en action ne se posent n’importe où.

Peu avant le Pas du Frou quand on vient de Saint-Christophe, un arrêt aménagé permet un beau point de vue, et de faire une photo, la même pour tout le monde. Mais le plus beau des points de vue, AMA, est celui que l’on a depuis l’autre versant, exposé au sud, lui, et qui n’a rien d’ « affreux ».

Il faut Google_Loc2014_gris5pour cela, au Col de Couz sur la D 1006 (à 15 km au sud-ouest de Chambéry), prendre la D 45, direction Entremont-le-Vieux. Elle passe par le charmant village de Corbel, qui vaut bien un arrêt pour y déjeuner, et de la terrasse on a une vue superbe sur les Gorges du Guiers et sur les falaises du « Petit Frou ». Pour apercevoir le Pas du Frou lui-même, il faut s’arrêter un peu avant, au niveau de l’une des rares parties dégagées de la route (merci au propriétaire du chalet qui m’a permis de venir sur son balcon pour faire la photo).

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Après Corbel, la D 45 conduit joliment au Col de la Cluse, à 6 km, et quelques centaines de mètres plus loin, à l’Auberge des Bruyères. Encore un bel endroit, qui vaut bien lui aussi une pause. Face au Mont Granier en majesté, on peut y manger agréablement, et y déguster, avec modération naturellement, l’une des spécialités locales, la Chartreuse.

Le 1er septembre 1837, en visite au Monastère de la Grande Chartreuse où il essuie un orage mémorable, Stendhal apprend « comme par bonheur » que les Chartreux vendent un élixir. « Il est fort cher, et ne laisse pas de produire quelque effet » écrit-il (1). Verte ou jaune (la première, 55° quand même, est la préférée des connaisseurs, surtout si l’on choisit l’option VEP, pour « vieillissement exceptionnellement prolongé »), cette liqueur, dont la recette exacte n’est connue que des deux moines qui préparent le mélange des 130 plantes entrant dans sa fabrication, conviendra particulièrement aux motards souffreteux et mal-portants : elle est reconnue depuis 1764 comme liqueur de santé.

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[Sur la pancarte il est écrit : « Site nordique de la Vallée des Entremonts. Secteur du Col de la Cluse ».]

Routes du vertige, la série
1. Vercors. Les Gorges du Nant
2. Vercors. Combe Laval
3. Vercors. Les Grands Goulets
4. Chartreuse. Le Pas du Frou
5. Vercors. Les Gorges de la Bourne
6. Vercors. Les Ecouges
7. Verdon. La Route des Crêtes
8. Oisans. Villard-Notre-Dame
9. Oisans. La Route de la Confession
10. Oisans. La Route de la Roche
11. Oisans. La Route d’Oulles

HD 720p


Note
(1) Stendhal, Mémoires d’un touriste, 1837. C’est Stendhal qui souligne.

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