Les aubépines

Filet Billet_685_bleu3_OKJe suis en train de lire Proust. Je sais, à mon âge, ça n’est pas très classe. A mon âge, je devrais être en train de relire Proust. Il y a 45 ans, j’ai bien essayé de lire celui de ses romans (A l’ombre des jeunes filles en fleurs) où je pensais trouver à m’instruire. Mais je ne me suis pas instruit tellement que ça, et le livre m’est tombé des mains. J’en étais resté là, quoique impressionné par la hauteur du piédestal où est placée la statue du grand homme. Vaguement culpabilisé, même. Je me disais que je le lirais quand je serais à la retraite, et depuis que je suis à la retraite, j’attendais l’impulsion.

« Tu lis quoi en ce moment, Pierre-Edouard ?
– Heu, si tu veux, Jean-Eudes, en ce moment je suis en train de relire Proust. Et il faut reconnaitre que c’est quand même quelque chose, j’ai envie de dire. »

C’est plutôt ça qu’on entend, d’habitude, non ? Moi, dire qu’on est en train de relire Proust, je trouve ça commun, et en même temps assez snob (pour rester dans ce qui est l’un des sujets de La Recherche).

Ici, mon habituel et néanmoins sympathique contradicteur n’en peut plus de se retenir : 
« ‘Tain, ce blog c’est vraiment n’importe nawak ! T’es pas censé nous parler de moto ?
– Oh, mais t’es toujours trop pressé toi, dis-donc. Calme-toi, tu vas finir par te faire du mal. »

CabourgC’est vrai, quoi, parce que rapport à la moto il y a bel et bien, même si Proust n’est pas d’abord connu pour ses exploits sur deux roues (ne pas confondre avec son presque homonyme sur quatre roues). Le voilà, le rapport : il n’y a pas bien longtemps, je racontais sur le forum Royal Enfield un petit voyage que j’ai fait dans le Cantal.

C’est en lisant une réaction, d’ailleurs fort aimable, d’un membre du forum, qu’est venue l’impulsion dont je parle plus haut, et que j’ai eu envie d’aller voir « derrière la haie d’aubépines » (cette réaction faisait allusion à un épisode de Du côté de chez Swann). Et derrière la haie d’aubépines, j’ai trouvé un monde d’une richesse et d’une complexité fascinantes, qui m’a fait réfléchir à plein de trucs sur la psychologie des sentiments et sur les travers humains, toussa. Avec un humour qui est bien la dernière chose que je m’attendais à trouver chez cet écrivain, et le tout servi dans une langue qui, dans une langue que… Bah, je ne saurais la décrire, cette langue, mais c’est quand même quelque chose, j’ai envie de dire.

C’est bien simple, je me plais tellement dans cet univers où je suis maintenant plongé depuis deux mois que, même si j’ai très envie de « savoir comment ça finit », je retiens mon plaisir et me force à n’avancer que lentement dans ma lecture.

Je l’avais déjà remarqué, mais décidément, le forum Royal Enfield mène à tout.

[Dessin paru dans le Magazine Littéraire]

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Un commentaire pour Les aubépines

  1. Etienne dit :

    Ah ben ça c’est malin de mettre l’eau à la bouche à ceux qui ne sont pas en retraite et qui n’ont pas le temps de (re)lire Proust ! Déjà que le mélancolique auteur français me faisait des clins d’oeil au travers son spécialiste américain du film « little miss sunshine » !
    Je pensais naïvement que ce blog ne donnait qu’envie d’aller voir au delà de l’horizon, voire de regarder quelques films où apparaissent des motos (cf. Belle épine) mais maintenant je m’aperçois qu’il donne également envie de lire… Décidément si je veux poursuivre ma vie normale je vais devoir arrêter de le lire chaque vendredi.

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