Le baptême d’un singe (2012)

Filet Recit_685Plus que d’un récit de voyage, il s’agit plutôt ici d’une balade (mais bon, je vais pas créer une nouvelle catégorie pour ça, il y en a déjà bien assez. Et puis, quelle différence entre un petit voyage et une longue balade, mmmmm ? Et entre une balade et une ballade ? Ah non, ça, c’est un autre sujet), balade en vérité fort agréable.

Les photos ont été prises avec une GoPro Hero 2, en mode Time Lapse (une image toutes les cinq secondes), tenue à bout de bras avec une perche. De là les regards inquiets du singe (quand regard il y a !), se demandant ce qui va bien pouvoir entrer dans le champ.

Une version approchante de cet article a été publiée sur le forum Royal Enfield le 15 avril 2012.

*

Ce week-end j’avais obtenu de Captain Bertie, un ami et presque voisin de la Royal Association, qu’il me fasse faire un baptême de side (seuls les habitants de la planète Mars ignorent qu’on appelle « singe » le passager d’un side-car). De la discipline, je ne savais que ce qu’en dit un des membres du forum Royal Enfield, qui sait de quoi il parle (« Le side c’est un truc de vicieux, tous les inconvénients de la moto et de la voiture réunis. Mais qu’est ce que c’est bon d’assouvir son vice ! »), et j’avais lu quelques articles, dont, dans MotoMagazine, tous ceux de Jean Larquier sur le sujet. Et aussi quand j’en croise un (de side), je suis souvent frappé par l’air réjoui du passager. Du coup, ça donne envie…

Brèfle, malgré une météo gaie comme une bielle à travers un carter, le Captain a bien voulu sortir sa jolie Bullet Deluxe, attelée à un non moins joli Black Pearl. C’est l’inverse ?  Ah bon.

Comme en cette mi-avril il faisait un temps de fin octobre et qu’il s’agissait quand même d’escalader un col avoisinant les 900 m, je m’étais habillé comme pour aller aux Eléphants de Solla. Avec un tel accoutrement, me glisser dans l’habitacle et m’y déplacer n’était pas exactement facile. Mais il faut savoir ce qu’on veut, et nous voilà partis. Première impression : c’est rigolo !

DCIM100GOPRO

Deuxième impression : grâce à sa puissance phénoménale de 28 CV à la roue arrière (j’espère que c’est bien à la roue arrière), la Bullet ne semble pas souffrir de la présence du side : 60 kg seulement, apprends-je, à quoi s’ajoute le poids d’un singe bien portant. Singe quand même pas trop rassuré, malgré la conduite attentionnée du Captain.

A la reprise, on sent bien les vibrations du gromono le plus sympathique que je connaisse, mais autrement que quand on est sur la moto. Puis de la place où on est, on peut juger en gros plan, ça occupe, du débattement de la chaine, de celui des suspensions, et de l’absence de fuite au joint de culasse. Par contre, pour avoir la vue d’ensemble, il faut courir à côté.

Joint de culasse

Vue d'ensemble

Troisième impression : d’ici je vois pas le compteur, mais on dirait qu’on va vite ! Bin oui, c’est normal, c’est comme un kart, on est au ras du sol, et les suspensions, quoique souples, renvoient ce qu’il faut d’informations pour qu’on sente bien qu’au sortir de l’hiver, les routes dans le coin ont souffert.

Lorsque je lui ai demandé le b-a ba de mon nouveau métier, le Captain m’a tout de suite enlevé de la tête les idées que j’avais (= me jeter sur le porte-bagage dans les virages à gauche, et frotter le bitume avec mes coudes et mon casque dans les virages à droite). Il parait que je n’avais rien à faire, juste à regarder le paysage en essayant de pas trop grelotter. Ca me va : ne rien faire, je sais faire, et je ne grelotte pas encore.

PLacer !

Quatrième impression : dans le regard d’un singe, tout est différent. Le paysage, les vaches, les rues des villages, les églises, les gens au bord de la route… lesquels arborent un air encore plus sympathique et complice que quand ils voient une Bullet solo, je pensais pas que c’était possible.

DCIM100GOPRO

Aparrssa à la montagne, quand il fait pas beau en bas, c’est généralement pire quand on monte, et j’aurais préféré ne pas voir ça. J’en ai déduit qu’on était bien à la montagne.

Finalement, avec un mixte pluie-brouillard, parfois remplacé par un mélange brouillard-pluie, on est arrivés au Fort puis au Col de Tamié. Passage obligatoire quand on vient dans cette partie de la Savoie : quand le brouillard se déchire, c’est beau, la route est faite pour les motos genre Bullet, et ce peut être l’occasion d’une pause culturelle (la belle Abbaye de Tamié est inscrite dans l’histoire Cistercienne depuis 1098).

DCIM100GOPRO

On a sympathisé avec des bûcherons, et on s’est même fait un copain. A quatre pattes. Du genre noir et blanc, et du sous-genre suicidaire. Dans la descente du col, l’animal nous faisait des ronds autour, et s’ingéniait à se jeter sous nos roues. Hyper-concentré et prêt à bondir sur les freins, le Captain lui a laissé la vie sauve, je ne sais toujours pas comment il a fait. Le chien, on dit merci qui ?

le chien

Sous la pluie brouillardeuse  toujours, et alors qu’on aurait dû voir le Mont Blanc droit devant si la vie était mieux faite, on est arrivés en faisant plein de jolis détours dans les faubourgs d’Albertville, où le baptême a pris fin.

on aurait dû voir le MB

C’était trop bien, comme je dirais si j’avais 45 ans de moins. Me voilà un peu singe à présent. Comment ? Je l’étais déjà avant ? J’en descends, même ? Alors ça n’a jamais été aussi vrai. ♦

Cet article, publié dans Récits de voyages, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s