Les passantes

Filet Billet_685_bleu3_OKIl y a souvent de jolies femmes qui traversent mes histoires de moto (ma vie aussi, mais ça n’est pas le sujet). Je ne le fais pas exprès, et aucune n’est inventée. Vacancière désoeuvrée croisée au libre-service ; caissière du même ; accorte boulangère ; serveuse de bar qui vient gagner en saison, dans le Luberon ou sur la Côte d’Azur, l’argent de ses études ; créature de rêve qui au café attend quelqu’un qui ne connait par sa chance, et dont le regard, par hasard, s’arrête un moment sur vous comme sur la plante verte d’à côté ; lycéenne au milieu de ses copines qui, lorsque le motard s’arrête sur la place du village pour lire la carte ou resserrer une sangle, lève les yeux de l’écran de son portable pour tester, le temps d’un bref regard oblique, son pouvoir de séduction ; hôtelière ou propriétaire de chambre d’hôtes pleine de charme et de prévenances à l’égard du motard fatigué…

Christy_320Ces rencontres, qui durent quelques secondes ou quelques heures et qui toujours furent sans conséquences, éclairent un moment, voire enchantent (au sens de Merlin) mes voyages. C’est pourquoi j’ai toujours plaisir à les revivre… quand j’ai pensé à les fixer sur l’un de mes petits carnets à spirale ou de moleskine.

Puis j’ai souvent eu l’impression que le motard sur sa monture emportait avec lui quelque chose du prestige, venu du fond des siècles, de l’homme chevauchant sa plus noble conquête. Et roulant souvent en casque intégral et lunettes de soleil, je me suis réjoui plus d’une fois de cet anonymat plein de mystère, donc de charme, et avantageux auprès de quelque belle passante.

Bien sûr, en écrivant ceci je pense à Proust évoquant ces jeunes filles « qui souvent, vues de ma fenêtre ou croisées dans la rue, m’avaient fait faire mille projets, aimer la vie, et que je n’avais pu connaître ». Et surtout à cette chanson de Georges Brassens (sur un poème d’Antoine Pol) qui est peut-être pour moi la plus belle. En pensant, moi aussi,

À toutes (ces) femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais.

P.-S. Je n’ai en effet « inventé » aucune des figures féminines que j’évoque ici, qui appartiennent toutes (parmi d’autres) à tel ou tel de mes voyages. Mais je ne me suis jamais retrouvé IRL dans un café avec Christy Turlington. Que dans mes rêves.

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Un commentaire pour Les passantes

  1. Etienne dit :

    Idem pour moi. Est-ce propre aux hommes ? Aux motards ? Où à ceux qui viennent, depuis plus ou moins longtemps, de passer le milieu du gué ?
    Peut être est-ce l’apanage du contemplatif qui se repaît de ce qu’il voit et qui se complaît de l’imaginaire qu’il crée avec ce qu’il regarde ?
    Je fais parfois la même chose avec une maison qui aurait pu être la mienne, un métier que j’aurais pu faire, une famille dont j’aurais pu être membre… dommage que nos vies soient si courtes !

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